Notre société est confrontée à la mort pour la première fois et cela ne passe pas

Par Matt Walsh, dans le Daily Wire (Source)

Traduction par Animal-Machine

Personne n’aime penser à la mort ou reconnaître qu’un jour, elle viendra le cueillir. Mais nous vivons dans une culture où les gens sont particulièrement résolus à éviter de telles pensées, et particulièrement équipés pour les éviter avec succès. Nous avons une réserve illimitée de distractions, un million de façons de repousser et de sublimer les pensées de mort. Des industries entières se consacrent à nous faire paraître et nous sentir plus jeunes. Et la culture pop nous rappelle constamment les histoires de notre enfance, nous permettant de la revivre, ou du moins de faire semblant. Ajoutez à cela l’industrie pharmaceutique avec sa corne d’abondance de pilules pour anesthésier notre douleur, prolonger notre vie, et même chasser le désespoir de notre esprit. Si jamais quelqu’un a l’audace de mourir, malgré tous ces efforts, il accomplira l’acte inesthétique à l’abri des regards, hors de la vue de tous, dans des installations conçues à cet effet.

Ce n’est pas que toutes ces possibilités soient mauvaises en elles-mêmes. Je préfère de loin avoir des hôpitaux et des centres de soins palliatifs, et je suis reconnaissant que de nombreux médicaments dont je pourrais avoir besoin soient disponibles à la pharmacie. Mais la combinaison de la médecine moderne, de la technologie moderne, du divertissement moderne – associée au déclin de la religion et à la montée de la laïcité – a créé une grande barrière psychologique et émotionnelle, et du côté « sûr » du bouclier protecteur, nous sommes capables de poursuivre notre vie comme si nous étions immortels, comme si la Faucheuse ne venait que pour ceux qui regardaient son visage.

Tout cela ne semble pas être une si mauvaise façon de vivre – jusqu’à ce que les barrières soient brisées, que nos méthodes d’évitement ne fonctionnent plus, et que nous butions sur une réalité à laquelle nous ne sommes pas préparés à faire face. Ce moment-là nous attend tous depuis toujours. Le médecin appelle avec les résultats de l’IRM. Vous sentez une bosse à un endroit où il ne devrait pas y en avoir. Un membre de votre famille proche disparaît soudainement, par accident de voiture ou par suicide. Tout le monde, à un moment donné, est réveillé par la mort qui frappe à une porte à laquelle il n’a pas d’autre choix que de répondre.

Mais que se passe-t-il lorsque toute une société qui évite de penser à la mort voit ses barrières se briser d’un seul coup ? Que se passe-t-il lorsqu’on frappe à la porte de tout le monde en même temps ? Cela aurait pu être une expérience de pensée intéressante il y a un an, mais maintenant nous connaissons la réponse.

Le coronavirus nous a obligés à reconnaître notre mortalité, et la réponse de beaucoup d’entre nous a été, tout d’abord, de paniquer, de vider les rayons des épiceries sans raison et de provoquer des pénuries de provisions qui n’ont rien à voir avec le virus. Ensuite, nous avons érigé de nouvelles barrières, physiques, en nous retirant derrière des masques et dans nos maisons, où un grand nombre d’Américains ont montré une incroyable volonté de rester aussi longtemps que le pouvoir en place l’a jugé nécessaire. Ce n’est pas comme si le risque auquel la plupart d’entre nous sommes confrontés était très élevé. Pour toute personne qui n’est pas déjà malade, ou en âge avancé, le risque d’être hospitalisée à cause du virus est faible. Le risque d’en mourir est extrêmement faible. Mais la menace psychologique est une autre affaire. Nous avons senti notre faux sentiment de sécurité s’évaporer et nos illusions d’immortalité s’évanouir. Cela a laissé de nombreux Américains presque littéralement paralysés.

C’est, je pense, la grande ligne de démarcation entre ceux qui, d’une part, ont réagi à la pandémie en se retirant complètement de leur vie normale, en se cachant dans leur maison, en portant des masques même pour marcher dans la rue, et qui, même maintenant, n’ont toujours aucune envie de revenir à la normale ; et ceux qui, d’autre part, ont continué à vivre leur vie presque comme avant, en prenant des précautions raisonnables mais sans se laisser envahir par la peur.

Les personnes du premier groupe accusent celles du second d’être dans le déni – de nier la science, de nier la réalité, etc. Mais il semblerait que ce soit l’inverse. Ceux qui ont maintenu une vie essentiellement normale, ou qui ont essayé de le faire, le font précisément parce qu’ils ne sont pas dans le déni. Ils savaient déjà qu’ils étaient mortels. Ils savaient déjà qu’ils allaient mourir un jour. Ils ne veulent pas mourir maintenant, et n’en ont pas l’intention, mais ils comprennent que leur temps est limité, que leur vie est finie, et ils ont l’intention d’en tirer le meilleur parti. La pandémie ne les a pas stupéfiés comme ceux de l’autre groupe. Elle est loin d’avoir suscité autant de peur pour eux. Ils savaient que ce genre de danger fait partie de la vie. Ils en avaient déjà tenu compte dans leurs calculs.

Ceux qui sont réellement dans le déni sont ceux qui pourraient rester enfermés aussi longtemps qu’on leur dit, et de bon cœur. Ceux que vous voyez porter des masques lorsqu’ils conduisent seuls dans leur voiture. Ceux qui n’ont rien à redire aux mesures gouvernementales qui déciment des industries entières et mettent au chômage des millions de personnes. Ils sont dans le déni de nombreuses choses – dont certainement la science – mais ce qu’ils souhaitent le plus nier est leur finitude, et l’inévitable de leur propre disparition. Ils ne peuvent pas faire face au risque, ni l’évaluer de manière rationnelle, car cela leur exigerait d’accepter des réalités qu’ils refusent d’accepter. Ils se terreront donc aussi longtemps qu’il le faudra. Mais lorsqu’ils sortiront de leur cachette, si jamais ils le font, ils découvriront qu’ils sont aussi mortels qu’ils l’ont toujours été.

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