Dr Ron Paul sur l’avortement

Texte publié initialement sur « La Liberté Par Principe » réutilisé ici avec l’aimable autorisation de Stéphane Geyres.

Qui est Ron Paul? Extrait de sa notice Wikipédia:

« Ronald Ernest Paul dit Ron Paul, né le 20 août 1935, est un homme politique américain, membre du Parti républicain, représentant du Texas à la Chambre des représentants de 1976 à 1977, de 1979 à 1985, puis enfin de 1997 à 2013. Il a été candidat à l’élection présidentielle de 1988 pour le Parti libertarien, à l’investiture du Parti républicain pour l’élection présidentielle de 2008 et pour l’élection présidentielle de 20121.

Partisan du libertarianisme, il préconise un État fédéral au rôle limité, de faibles impôts, des marchés libres, une politique étrangère non interventionniste ainsi qu’un retour à des politiques monétaires basées sur des métaux (or, argent) pour étalon.

Il est parfois surnommé « Doctor No » au Congrès parce qu’il est diplômé en médecine mais aussi parce qu’il vote contre toutes les lois qui selon lui violent la constitution américaine, augmentent les revenus des membres de la Chambre des Représentants, ou augmentent les impôts. »

Le texte suivant est de Ron Paul. Il est tiré de son dernier ouvrage « Liberty Defined« , pages 1 à 9.
La traduction est de ma main [ndlr: Stéphane Geyres], sur la base d’une ébauche par Benoit Malbranque [ndlr: de l’Institut Coppet].

Avortement

Incidemment, dans les années 1960, lorsque l’avortement était encore illégal, j’ai été témoin, alors que je visitais un bloc opératoire en tant qu’interne en obstétrique / gynécologie, de l’avortement d’un fœtus qui pesait environ 900 grammes. Il fut placé dans un seau, pleurant et luttant pour respirer, et le personnel médical fit semblant de ne rien remarquer. Bientôt, les pleurs cessèrent. Cet événement atroce me força à réfléchir plus sérieusement à cette question importante.

Ce même jour, dans le bloc d’obstétrique, un accouchement anticipé eut lieu et l’enfant né n’était que légèrement plus grand que celui qui venait juste d’être avorté. Mais dans ce bloc, tout le monde faisait tout ce qui se pouvait envisager pour sauver la vie de cet enfant. Ma conclusion fut ce jour-là que nous dépassions les limites de la morale, choisissant au petit bonheur qui doit vivre et qui doit mourir. Il s’agissait de vies humaines. Il n’y avait pas de base morale cohérente à la valeur de la vie selon ces circonstances.

Certains croient qu’être pro-choix (‘pro-choice’, le ‘choix des femmes’) c’est être du côté de la liberté. Je n’ai jamais compris comment un acte de violence, tuer un être humain, même si petit dans un endroit spécial, peut être dépeint comme un droit précieux. Ne parler que du coût pour la mère à porter un bébé à terme ignore toute pensée envers tous droits légaux de l’enfant à naître. Je crois que la conséquence morale d’accepter l’avortement un peu trop vite diminue la valeur de toute vie.

Il est désormais communément admis qu’il existe un droit constitutionnel à l’avortement d’un fœtus humain. Bien évidemment, la Constitution ne dit rien sur l’avortement, le meurtre, l’homicide involontaire ou tout autres actes de violence. Il n’y a que quatre crimes évoqués dans la Constitution : la contrefaçon, la piraterie, la trahison, et l’esclavage.

Le droit pénal et le droit civil ont été délibérément laissés aux mains des Etats. C’est un bond immense de la part des tribunaux fédéraux que de définir l’avortement comme un droit constitutionnel et de surpasser les lois des Etats réglementant la procédure. A tout le moins, le gouvernement fédéral a la responsabilité de protéger la vie — et non de donner l’autorisation de la détruire. Si un Etat venait à légaliser l’infanticide, on pourrait le poursuivre pour non-maintien d’une forme républicaine de gouvernement, ce qui est exigé par la Constitution.

Si, pour l’intérêt de la discussion, nous ignorons les arguments juridiques pour ou contre l’avortement pour supposer qu’aucune loi ne l’interdise, des conséquences sociales fâcheuses seraient à prévoir. Il reste encore des questions morales profondes, sur le consentement, et des questions fondamentales sur l’origine de la vie et les droits des individus. Deux arguments s’opposent. Certains soutiennent que tout avortement après la conception devrait être illégal. D’autres avancent que la mère a un droit sur son corps et que personne ne devrait intervenir dans sa décision. Je suis fasciné que tant de personnes favorables au choix de la mère avec qui j’ai pu parler se soucient rarement de liberté de choix dans d’autres circonstances. Presque toutes les réglementations du gouvernement fédéral pour nous protéger de nous-mêmes (les lois contre le tabagisme, l’interdiction des drogues, la ceinture de sécurité obligatoire, par exemple) sont vivement soutenues par la gauche qui exige le « choix ». Bien évidemment, pour les partisans du libre choix, le choix précieux en question est réservé à la mère, et non à l’enfant à naître.

Le fait est que le fœtus a des droits légaux — la transmission, un droit de ne pas être blessé ou avorté par traitement médical mal pesé, par violence , ou accident. Ignorer ces droits est arbitraire et n’accorde que des droits relatifs à un petit être humain vivant. La seule question qui devrait être débattue est celle d’ordre moral : si oui ou non un fœtus a un quelconque droit à la vie. Scientifiquement, il n’y a pas de débat quant au fait que le fœtus est vivant et humain — s’il n’est pas tué, il évoluera en un être humain adulte. C’est aussi simple que cela. Ainsi, l’instant à partir duquel nous considérons « humain » un fœtus est arbitraire après la conception, selon moi.

Il est intéressant de voir les plus fervents soutiens de l’avortement mal à l’aise quand on leur demande s’ils soutiennent le droit d’une mère à l’avortement durant le neuvième mois de grossesse. Invariablement, ils ne soutiennent pas un tel acte, mais chaque argument mis en avant pour l’avortement pendant le premier mois est applicable de même à une grossesse avancée. Pour la femme, c’est toujours son corps. C’est toujours son choix. Les circonstances ayant pu changer, une forte pression sociale pourrait bien la pousser à éviter la naissance d’une vie et à se démettre de ses obligations, même durant le troisième trimestre. C’est un dilemme pour les promoteurs du libre choix, et il convient de les contester quant au moment où la ligne doit être tracée.

Un autre aspect de ce débat doit être résolu : si un médecin pratique un avortement dans le troisième trimestre de grossesse, pour une raison quelconque, d’importants frais sont payés et cela tout à fait légalement, du moins dans certains Etats. Si une adolescente paniquée, ne sachant peut-être même pas qu’elle est enceinte, accouche d’un enfant puis le tue, la police mettra force moyens pour la poursuivre pour homicide. Qu’y a-t-il de si différent entre un fœtus une minute avant la naissance et un nouveau-né une minute après la naissance ? Biologiquement comme moralement, rien. Nous devons également répondre à la triste question de ce qu’il convient de faire d’un nouveau-né qui survit incidemment à un avortement. Cela arrive plus souvent qu’on pourrait croire. Des médecins ont été accusés de meurtre, puisque le bébé décédait après l’accouchement, mais cela ne semble guère juste. La vraie question est, comment un bébé humain peut-il se voir porter une valeur aussi relative ?

Sous l’ère de l’avortement, où près d’un million sont effectués chaque année aux Etats-Unis, la société envoie le signal que nous accordons une plus faible valeur aux petits et aux faibles. La plupart des jeunes choisissent l’avortement pour des raisons économiques ; ils considèrent qu’ils ne peuvent se permettre de porter un enfant et préfèrent attendre. Comment se fait-il que des considérations morales ne l’emportent pas sur ces peurs ? Pourquoi ces jeunes femmes ne considèrent-elles pas d’autres alternatives, comme l’adoption, plus sérieusement ? La société leur a enseigné qu’un fœtus-bébé non désiré n’a pas de droit à la vie, et donc pas de véritable valeur. Et avant tout, pourquoi tant de jeunes femmes prennent-elles autant le risque de devoir faire un tel choix ? L’accès à l’avortement, très probablement, modifie le comportement et augmente en fait le nombre de grossesses non désirées.

La différence ou l’absence de différence entre un bébé une minute après la naissance et un bébé une minute avant doit être quantifiée. Le Congrès comme les tribunaux sont incapables de le faire. C’est là une question fondamentale à résoudre par la société elle-même, sur la base des critères moraux qu’elle adopte.

L’avortement est rarement une solution de long-terme. Une femme qui a avorté est plus susceptible de recommencer. C’est une solution plus aisée que de changer un comportement personnel longuement forgé. Mon point de vue est que le problème de l’avortement est davantage un problème social et moral qu’un problème juridique. Dans les années 1960, lorsque j’étais interne obstétricien-gynécologue, les avortements étaient réalisés en défi à la loi. La société avait changé et la majorité s’accordait pour que les lois fussent changées de même. La Cour Suprême, par son jugement Roe v. Wade de 1973, rattrapa les changements de valeurs de la société.

Ainsi, si nous devions jamais avoir moins d’avortements, la société devrait changer à nouveau. La loi ne pourra pas arriver à cela. Cependant, cela ne signifie pas que les Etats ne devraient pas être autorisés à légiférer en matière d’avortement. Les tout débuts de grossesses et les victimes de viol peuvent être traités avec la pilule du lendemain, qui n’est rien d’autre qu’un moyen de contraception pris d’une manière spéciale. Quoi qu’il en soit, ces très jeunes grossesses ne sauraient jamais être encadrées. De telles circonstances seraient gérées si chaque individu choisissait suivant sa propre morale.

Lorsqu’un Etat en faillite prend plus en charge la prévoyance santé, le rationnement de la couverture par contrainte gouvernementale est inévitable. Choisir à la légère qui doit vivre et qui doit mourir peut paraître moralement répugnant, mais c’est qui nous attend dans un monde où les ressources sont rares et où comment elles seront utilisées sont des décisions d’ordre politique. Le gouvernement fédéral restera très impliqué dans les affaires d’avortements, soit directement, soit indirectement, par leur financement.

Si je suis sûr d’une chose, c’est que le gouvernement fédéral ne devrait jamais taxer les citoyens contre l’avortement pour financer ceux-ci. L’effort constant de la foule pro-choix pour obtenir le financement de l’avortement doit compter parmi les choix politiques les plus stupides de tous temps, même de leur point de vue. Tout ce qu’ils réussissent, c’est de donner une excellente raison à toutes les forces favorables à la vie autant qu’aux opposants à l’impôt de combattre contre eux.

Une société qui tolère ouvertement l’avortement ouvre la voie à des attaques contre la liberté individuelle. Si la vie toute entière n’est pas précieuse, comment la liberté pourrait-elle être considérée comme une chose importante ? Il semble que si la vie peut être en partie sacrifiée, il devient difficile de défendre notre droit de choisir personnellement ce qui est le mieux pour nous. J’ai acquis la conviction que la résolution de la question de l’avortement est nécessaire à la défense d’une société libre.

La disponibilité et le recourt fréquent à l’avortement a provoqué chez bien des jeunes un changement de comportement. Sa légalisation et son acceptation générale n’ont pas eu une influence positive sur la société. Au contraire, il en a résulté un respect moindre tant pour la vie que pour la liberté.

Etrangement, alors que mes positions morales sont semblables aux leurs, divers groupes contre l’avortement sont hostiles à ma position sur ce sujet. Car je crois également en la Constitution, et de ce fait, je considère qu’il est de la responsabilité des Etats d’empêcher la violence envers tout être humain. Je rejette le caractère national de cette question et m’oppose au jugement Roe v. Wade qui légalisa l’avortement dans les 50 Etats. Les lois que j’ai proposées limiteraient la juridiction de la Cour fédérale en matière d’avortement. Ce genre de mesure permettrait probablement l’interdiction de l’avortement au niveau des Etats quelque soit le trimestre de grossesse atteint. Cela ne mettra pas fin à tous les avortements. Seule une société véritablement morale peut y arriver.

Les adversaires de l’avortement opposés à mon approche sont moins respectueux de l’état de droit et de la Constitution. Au lieu d’admettre que ma position permet aux Etats de réduire ou d’interdire l’avortement, ils prétendent qu’elle favorise la légalisation de l’avortement par les Etats. C’est être vraiment tordu. Exiger une solution nationale et seulement nationale, comme certains le font, donne du crédit au processus même qui a rendu les avortements si courants. En finir avec la légalisation nationale de l’avortement décidée par ordonnance de la Cour fédérale n’est ni une solution pragmatique au problème ni un argument constitutionnellement valide.

Retirer cette compétence aux tribunaux fédéraux peut se faire via un vote majoritaire au Congrès et la signature du Président. C’est bien plus simple que d’attendre le retrait par la Cour Suprême de la décision Roe v. Wade ou un amendement constitutionnel. Je parie que les attaques calomnieuses de ces groupes sont plus destinées à discréditer l’ensemble de ma défense de la liberté et de la Constitution qu’à essayer réellement de résoudre la question de l’avortement. Ces mêmes groupes expriment d’ailleurs bien moins d’intérêt envers la vie lorsqu’il s’agit de combattre les guerres illégales et non déclarées du Moyen-Orient ou les guerres préventives (i.e. agressives) lancées pour raisons religieuses. Un paradoxe intéressant !

Ma position n’empêche pas d’essayer de faire nommer certains juges à la Cour Suprême, ou même d’avoir une définition constitutionnelle de la vie. Le retrait de la compétence des tribunaux fédéraux conduirait à moins d’avortements et bien plus tôt, mais cela n’empêcherait pas un effort national pour faire bouger la Cour Suprême ou changer la Constitution par amendement. Cela amène à se demander pourquoi la résistance à une approche pratique et constitutionnelle de cette question est si forte.

Presque tout le monde sait que le serment d’Hippocrate inclut l’engagement à ne pas pratiquer l’avortement. Dans les années 1960, la plupart des facultés de médecine, au lieu de se positionner sur la question, ont simplement abandonné la tradition qui voulait que les diplômés récitent le serment. Ma promotion, en 1961, n’a pas récité le serment à l’obtention du diplôme. Réalisez, le serment a survécu un tel nombre d’années, et fut abandonné juste avant l’arrivée de la culture de la drogue et la guerre contre le Vietnam, une époque où il aurait été éminemment nécessaire.

En 1988, quand mon fils Dr. Rand Paul obtint son diplôme, prêter serment était un acte volontaire lors d’une cérémonie formelle spéciale. Mais curieusement, le serment fut modifié pour exclure la disposition engageant à ne pas réaliser l’avortement. Aujourd’hui, tristement, des étudiants s’inscrivant à certaines facultés de médecine peuvent être contrôlés et rejetés ou du moins intimidés sur cette question.

Comme médecin libertarien favorable à la vie, mon conseil appuyé, indépendamment de ce qui est légal, va au personnel médical qui peut dire non à la participation à toute procédure ou processus qui pousse à la mort ou diminue le respect de la vie d’une quelconque façon. Laissons les avocats et les politiciens et les médecins mercenaires immoraux face à la mise en œuvre des lois réglementant la mort.

Déréglementer le marché de l’adoption réduirait aussi sensiblement l’avortement. Cela aiderait les associations sans but lucratif à trouver des parents adoptifs, et leur permettrait de compenser les frais et coûts liés à la continuation de la grossesse à terme de la mère. De petits changements pourraient faire une grande différence dans ce cas.

Pour conclure, voici mon programme pour les médecins généralistes et le personnel médical attachés à la préservation de la vie :

  • Ne pas réaliser d’avortements pour des raisons sociales ou comme solution de facilité.
  • Ne pas participer à des euthanasies actives.
  • Ne pas participer d’une quelconque façon — directement ou indirectement — à des actes de torture.
  • Ne pas participer à des expérimentations humaines. Je ne fais pas référence à l’essai de nouveaux médicaments avec l’accord du patient. Je parle de notre longue histoire de participation militaire à l’expérimentation humaine. L’expérience de Tuskegee, dans laquelle des soldats noirs atteints de syphilis furent délibérément maltraités en est un exemple.
  • Ne pas être impliqué dans les procédures étatiques d’exécution des criminels et n’approuver en aucune façon les méthodes utilisées pour la peine de mort.
  • Ne pas participer aux programmes pilotés par le gouvernement dans lesquels l’offre de santé est rationnée et ce pour des raisons économiques ou sociales qui donnent une valeur relative à la vie.
  • Ne pas apporter de soutien, ni politique, ni philosophique, aux guerres d’agression, qualifiée de guerres « préventives ».

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