4 erreurs à éviter dans la proclamation de la foi

Lors du dimanche de la Trinité, nous avons récité le symbole d’Athanase à la fin de l’homélie. Au cas où vous ne le connaîtriez pas, vous pouvez le lire en cliquant sur le lien ci-après: Quicumque. Ce Credo, écrit au quatrième siècle, expose la doctrine de la Trinité et la doctrine de l’Incarnation. A plusieurs occasions, il y a un avertissement:

« Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s’il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l’éternité.« 

Après la messe, j’ai été approché par une femme plutôt animée qui était assez mécontente d’avoir récité ce Credo. Tout en reconnaissant que c’était un ancien credo, elle avait de fortes objections à l’avertissement que ceux qui ne tiendraient pas la foi catholique périraient. Elle se demandait si je pensais vraiment que tous les non-catholiques allaient directement en enfer.

J’ai essayé d’expliquer que la déclaration dans le Credo doit être comprise correctement, avec certaines nuances, mais que cela reste une doctrine de la Foi que l’on ne peut pas sciemment rejeter la foi révélée par Dieu et s’attendre à être sauvé. (Voir Catéchisme 846-848)

Elle a répondu en disant que le credo, et en particulier son avertissement, était peu accueillant; que Jésus ne parlait jamais ainsi, et que même si j’insistais pour réciter de nouveau ce credo, je devrais donner une explication pour que les gens ne soient pas offensés; le point principal est que nous ne devrions pas offenser les gens.

Je voudrais prendre chacune des quatre paroles de son argument et y répondre. En effet, ce sont des objections communes soulevées aujourd’hui au sujet de plusieurs de nos enseignements. Chacun d’eux est abordé à son tour ci-dessous.

Objection # 1 – Ce n’est pas accueillant

Quand on va au cabinet du médecin, on est généralement accueilli par une réceptionniste amicale. (Oublions sa petite demande pour voir notre carte d’assurance.) Peu de temps après, une infirmière amicale ou un autre assistant médical nous escorte dans une salle pour relever nos signes vitaux, etc. Tout cela est très agréable et gai dans les meilleurs bureaux. Le docteur entre ensuite et nous offre un accueil chaleureux.

Mais il passe ensuite aux choses sérieuses. Peut-être que le médecin passe en revue les signes vitaux ou se penche sur les résultats récents des analyses du laboratoire. Et maintenant le docteur amical doit dire la vérité. Il est probable (pour la plupart des personnes de plus de 30 ans) que certains chiffres sont problématiques. Peut-être que le poids ou l’indice de masse corporelle est trop élevé. Peut-être que le cholestérol, le sucre ou la pression ne sont pas idéaux. Soudain, le médecin accueillant a l’obligation de nous appeler à la repentance, à un changement de mode de vie, de peur que nous n’allions de mal en pis. En effet, la vie et la mort peuvent bien être dans la balance.

La plupart d’entre nous dirait qu’un médecin qui a regardé les mauvais chiffres et a dit que tout allait bien était coupable de mentir et devrait être poursuivi pour faute professionnelle. Mais si un prêtre ou une paroisse se met au travail et met en garde contre les mauvais choix qui affectent la vie éternelle ou la mort, comment cela ne serait-il pas une bonne chose?

En d’autres termes, comme un cabinet de médecin, accueillir les gens avec des salutations chaleureuses a sa place dans une paroisse. Mais au final, il faut passer aux choses sérieuses pour dire la vérité, pour avertir contre le péché et pour appeler à la vertu, pour appeler à la repentance et pour avertir des conséquences. C’est ce que l’amour fait. Il dit la vérité et met en garde contre l’erreur et les nombreux pièges des demi-vérités et des compromis. Il avertit que l’adoption de certaines choses rend le salut plus difficile, voire douteux.

Objection # 2 – Jésus n’a jamais parlé comme ceci; il était accueillant

En fait, Jésus a parlé comme ça, à plusieurs reprises. Par exemple:

  • Je suis le chemin, la vérité et la vie; nul ne vient au Père que par moi.’ Jean 14:6
  • C’est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. Car vous mourrez dans vos péchés si vous ne croyez pas que “je suis ”.Jean 8:24
  • Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé; mais celui qui ne croira pas sera condamné.Marc 16:16 

Il y a beaucoup d’autres textes où le Seigneur avertit les incroyants et les non-préparés. Et tandis que les textes comme ceux-ci sont rarement expliqués ou nuancés, nous n’avons pas besoin de les interpréter pour signifier que quelqu’un qui ne peut raisonnablement savoir que Jésus est la seule voie vers le ciel et vers le Père ira en enfer. Dieu, qui est juste, n’exige pas que les gens répondent à des exigences qu’ils ne peuvent raisonnablement pas connaître ou rencontrer.

Mais, l’Église a l’obligation:

  • d’annoncer que Jésus est la seule voie sûre
  • de réaliser que, à cause du péché, beaucoup sont perdus sans le Christ et
  • d’appeler à se repentir et à croire en Lui.

Nous sommes dans l’obligation sérieuse d’attirer des âmes à Christ et de les avertir de la résistance et de l’incrédulité. Les notions comme «il y a plusieurs chemins vers Dieu» ou «peu importe ce que l’on croit tant qu’ils sont gentils et sincères» ne passent pas les tests bibliques. Cela importe.

Et même si ceux qui sont dans l’ignorance invincible peuvent obtenir une certaine indulgence de Dieu, le Concile Vatican II enseigne:

« À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie.

Bien souvent, malheureusement, les hommes, trompés par le démon, se sont égarés dans leurs raisonnements, ils ont délaissé le vrai Dieu pour des êtres de mensonge, servi la créature au lieu du Créateur (cf. Rm 1, 21.25) ou bien, vivant et mourant sans Dieu dans ce monde, ils sont exposés aux extrémités du désespoir.

C’est pourquoi l’Église, soucieuse de la gloire de Dieu et du salut de tous ces hommes, se souvenant du commandement du Seigneur : « Prêchez l’Évangile à toutes créatures» (Mc 16, 16), met tout son soin à encourager et soutenir les missions. » (Lumen Gentium 16).

Nous ne pouvons pas négliger l’expression du second paragraphe «bien souvent». Elle devrait nous inciter à appeler les gens au Christ et à réaliser qu’il impose un choix: soit croire en lui et être sauvé, soit refuser de croire et être perdu. Même ceux qui ne ressentent jamais ce choix clairement risquent un «raisonnement vain», une pensée mondaine, une erreur et des mensonges qui les placent dans de mauvaises directions et les amènent à réfuter même ce que leur propre conscience sait erronée.

Par conséquent, alors que les incroyants ne sont pas universellement condamnés, ils ne reçoivent pas non plus un chèque en blanc du salut universel.

Au contraire, ils restent soumis à l’obscurité de l’erreur et aux fausses prétentions de leur culte et de leur loyauté. C’est franchement, plus difficile pour eux d’être sauvés, même si ce n’est pas impossible.

Objection # 3 -Vous devriez expliquer ceci chaque fois que vous dites ce Credo

Peut-être mais mes sermons sont déjà longs. Parfois, nous devons parler d’un nombre limité de vérités, et présenter plus tard les concepts de manière équilibrée.

Les auditeurs ont tendance aujourd’hui à absolutiser beaucoup de choses et ensuite à objecter. Mais l’orateur ne peut pas présenter une vérité absolue, mais plutôt une vérité générale qui admet des exceptions et des distinctions. Mais présenter toutes les exceptions ou distinctions possibles prendrait trop de temps.

Parfois aussi, il est bon de permettre à des vérités difficiles de provoquer des questions et de déclencher un moment propice à l’apprentissage. Jésus a souvent utilisé des paraboles qui ressemblaient à des devinettes. Quand on enseigne à une foule hostile ou cynique, il est souvent efficace de raconter une histoire déroutante qui la laisse affamée d’explications ou de clarifications irritées et exigeantes.

Expliquer tout de manière exhaustive directement n’est pas toujours un moyen efficace de faire avancer la vérité.

Objection # 4 – Le point principal est que nous ne devrions pas offenser les gens

Cette opinion est commune à notre époque. Mais nous devrions aussi admettre que beaucoup de gens s’offensent facilement et ne présument pas de la bonne volonté de la part de celui qui parle. Dans l’Église, nous nous référons souvent à l’Ecriture et à d’autres textes anciens écrits dans des temps moins durs où l’urgence et le zèle à annoncer la vérité révélée étaient plus importants que le désir de plaire, d’accueillir sans conditions et de ne pas offenser.

Certes, la prudence a sa place dans la proclamation de l’Évangile, la prudence regarde le but à la lumière des circonstances et réfléchit au meilleur moyen d’y arriver. Mais si le but est de prêcher l’Évangile salvateur, alors l’édulcoration de cet évangile manque le but totalement et revient à «jeter le bébé avec l’eau du bain».

Etrangement aussi, nous vivons dans des temps paradoxaux. En effet, beaucoup réclament d’une manière hostile d’être «bien accueillis», et beaucoup insistent brusquement pour être traités avec tendresse, et d’autres encore deviennent très intolérants au moindre soupçon de ce qu’ils considèrent comme de l’intolérance. Une sorte de double discours dont le Seigneur a remarqué:

«A qui puis-je comparer les gens d’aujourd’hui? Ils ressemblent à des enfants assis sur les places publiques, dont les uns crient aux autres: “Nous vous avons joué un air de danse sur la flûte et vous n’avez pas dansé! Nous avons chanté des chants de deuil et vous ne vous êtes pas lamentés!” En effet, Jean est venu, il ne mange ni ne boit, et l’on dit: “Il est possédé d’un esprit mauvais!” Le Fils de l’homme est venu, il mange et boit, et l’on dit: “Voyez cet homme qui ne pense qu’à manger et à boire du vin, qui est ami des collecteurs d’impôts et autres gens de mauvaise réputation!” Mais la sagesse de Dieu se révèle juste par ses effets.» (Matthieu 11: 16-19).

En d’autres termes, il est presque impossible de satisfaire les gens à grande échelle où des exigences inconstantes et conflictuelles créent des situations sans vainqueur.

Le problème du raisonnement émotionnel

Peut-être ai-je réussi à transmettre quelque chose à la femme qui protestait. J’espère bien.

Mais dans des moments comme ceux-ci où les émotions se substituent si facilement aux pensées, j’en doute; sinon pour elle, au moins en général. Pour un trop grand nombre de personnes de nos jours, le simple fait qu’elles soient contrariées signifie que l’orateur (moi, ou l’Église) a fait quelque chose de mal.

Le raisonnement émotionnel est une distorsion cognitive qui dit, en effet, que de simples sentiments révèlent la réalité et la vérité. Mais le plus souvent, c’est une erreur. Par exemple, considérons la fausseté de cette déclaration: «J’ai peur de voler, donc voler est dangereux.» C’est faux. Statistiquement, voler est l’un des moyens les plus sûrs de voyager. La simple crainte de quelque chose ne la rend pas ipso facto dangereuse.

Ainsi, c’est aussi une erreur de conclure que parce que je suis fâché ou contrarié par ce que vous avez dit, alors cela signifie clairement que vous avez dit ou fait quelque chose de mal. Pas nécessairement. En fait, vous avez peut-être fait ou dit quelque chose de bien, et ma colère signifie que vous avez touché une corde sensible et que, au fond, je sais que vous avez raison. Au début, je pourrais être fou, même triste, mais la vérité me rend finalement heureux!

Quoi qu’il en soit, accrochez-vous là, chers disciples. L’offense est souvent prise aujourd’hui, même quand nous ne voulons pas offenser. Soyez prudents et comprenez ceci et tous nos enseignements d’une manière Catholique. Rappelez-vous que proclamer l’ancienne et toujours nouvelle foi catholique est le but. La prudence regarde toujours l’objectif. N’abandonnez pas le but seulement pour faire quelques mètres. Quelques mètres sont vides de sens si nous abandonnons le but. Quels que soient les prémisses et les nuances requises, il n’en demeure pas moins que la Foi est nécessaire pour le salut, la vraie Foi, la Foi Catholique. Jésus n’a jamais dilué cet enseignement, nous non plus ne le devons pas.

Traduction de « 4 errors you should avoid in the proclamation of the faith » publié sur le National Catholic Register par Monseigneur Charles Pope

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