Que répondre quand on vous dit: « Qui suis-je pour juger? »

Il y a quelques années, un certain catholique célèbre posait la question rhétorique suivante: «Qui suis-je pour juger?» Cette question a fait le tour du monde. Bien que la remarque ait été sortie de son contexte (il parlait d’une personne aux tendances coupables et désordonnées qui vivait tout de même honnêtement), le monde s’en fichait. Pour un monde pécheur et paresseux, entendre un ecclésiastique dire, « Qui suis-je pour juger? » était une victoire cathartique. « Oui! » a acclamé un monde jubilatoire mais blasé. « L’Église méchante, haineuse et critique a été apprivoisée. Tout va bien. Tout n’est qu’opinion. Personne n’a le droit de me juger!« 

Peu importe que ceux-là même qui nous disent de ne pas juger, adoptent une loi morale dans l’acte-même de bannir la loi morale; ils font un jugement dans l’acte-même d’interdire le jugement. La logique et la cohérence rationnelle ne semblent pas nécessaires dans ces moments-là.

La question «Qui suis-je pour juger?» n’est pas vraiment une question rhétorique. Elle a en fait une réponse – en fait beaucoup de réponses. Regardons certaines d’entre elle, en particulier dans les lectures de dimanche dernier (23ème dimanche du temps ordinaire) qui se concentrent sur la correction fraternelle.

Qui suis-je pour juger? Je suis une sentinelle. L’Ecriture dit: « Fils de l’homme, je t’établis comme sentinelle pour la maison d’Israël; tu écouteras la parole qui sortira de ma bouche et tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant: Tu mourras certainement, et que tu ne l’avertisses pas, et que tu ne parles pas pour l’avertir de sa voie mauvaise, afin qu’il vive, ce méchant mourra dans son iniquité; et je redemanderai son sang de ta main. » (Ez 3:17).

Ainsi, sous peine de la perte de mon âme, je suis commandé de corriger le pécheur. Cela exige que je juge, selon les enseignements du Seigneur, ce qui est juste de ce qui ne l’est pas, et que je dois avertir ceux qui persistent dans le péché sans repentir ou qui célèbrent le péché. Si je ne le fais pas, je deviens partie du problème et je partagerai la pénalité.

Qui suis-je pour juger? Je suis un amoureux des âmes, appelé au souci du salut de tous. L’Ecriture dit: « Tu ne haïras point ton frère dans ton coeur, mais tu reprendras ton prochain, afin de ne pas te charger d’un péché à cause de lui.« (Lv 19, 17).

Remarquez comment ce texte assimile l’échec à corriger le pécheur à le haïr. C’est exactement le contraire de ce que beaucoup de gens disent quand ils assimilent tout reproche sur un comportement coupable à un «discours de haine». Cependant, ce sont ceux qui font un clin d’œil aux péchés qui agissent odieusement et qui favorisent les ennuis pour les âmes (voir Proverbes 10:10).

Saint-Thomas présente la correction fraternelle comme un acte de charité, car aimer, c’est vouloir le bien de l’autre. Être libre du péché et sur la route du salut est bon pour l’autre.

Ce texte du Lévitique ci-dessus nous rappelle que si nous aimons les autres, nous ne pouvons pas souffrir que le péché soit sur eux parce que le péché favorise la souffrance et met en péril le salut.

L’Ecriture dit aussi: « Sachez que celui qui ramène un pécheur de la voie où il s’égare, sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés.« (Jacques 5:20)

En jugeant ce qui est juste de ce qui ne l’est pas, j’agis comme un amoureux des âmes qui ne veut pas voir les autres mourir dans leurs péchés.

Saint-Paul va jusqu’à commander la communauté de Corinthe à l’égard d’un certain pécheur: « Qu’un tel homme soit livré à Satan pour la mort de la chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus.« (1 Cor. 5:5). En d’autres termes, Paul a ordonné aux Corinthiens de l’excommunier, l’exposant ainsi aux pleins effets de son péché. Notez que cela n’a pas été fait pour la vengeance; c’était un dernier effort d’amour pour sauver l’âme de l’homme avant le jugement dernier.

Qui suis-je pour juger? Je suis un gardien, appelé à protéger l’Église, ma famille et le monde contre les actes répréhensibles. Saint Paul avertit qu’une mauvaise compagnie corrompt les bonnes mœurs (1 Co 15, 33) et qu’un peu de levain (c’est-à-dire, le mal) fait fermenter toute la pâte (Ga 5, 8).

Ainsi, en corrigeant le pécheur, nous sommes concernés non seulement pour lui, mais aussi pour la communauté et le bien commun. Le comportement pécheur et désordonné est nuisible à la communauté. Non seulement cela apporte de la souffrance au pécheur et aux autres personnes touchées par le péché, mais cela occasionne aussi du scandale et peut provoquer des réactions malsaines telles que la vengeance ou la colère haineuse.

Il y a des moments où, après plusieurs tentatives infructueuses de correction du pécheur, nous devons purger l’influence pécheresse pour le bien de la communauté. Saint-Paul dit: « Nous vous enjoignons, frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de vous séparer de tout frère qui vit d’une façon déréglée, et non selon les instructions reçues de nous.« (2 Thess 3: 6). Ici, saint Paul cherche à préserver la communauté du désordre et de l’hérésie. Il déclare aussi: « J’ai simplement voulu vous dire de n’avoir point de relations avec un homme qui, portant le nom de frère, est impudique ou cupide, ou idolâtre, ou médisant, ou ivrogne, ou rapace, de ne pas même manger avec un tel homme. Car est-ce à moi de juger ceux du dehors? N’est-ce pas ceux du dedans qu’il vous appartient de juger? Ceux du dehors, c’est Dieu qui les juge. Retranchez le méchant du milieu de vous.« (1 Cor 5:11)

Ces méthodes plus sévères sont parfois nécessaires pour atteindre un pécheur endurci ainsi que pour protéger la communauté. Encore une fois, cela nécessite du jugement.

Qui suis-je pour juger? Je suis celui qui a reçu l’ordre de Jésus de le faire. Jésus a dit: « Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le entre toi et lui seul; s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère.« (Mat 18:15).

Le mandat clair du Seigneur est de corriger les autres. Cela n’est pas possible sans d’abord juger ce qui est juste de ce qui est faux basé sur l’enseignement du Seigneur. Puis, ayant observé la faute ou l’erreur, nous devons chercher à la corriger.

Le Seigneur attend de nous que nous corrigions les gens que nous connaissons et qui sont dans le péché. Nous devons le faire avec humilité et avec amour, mais nous devons le faire. Ceci est particulièrement vrai si nous sommes dans un rôle de leadership ou de proéminence: un pasteur, un enseignant, un parent ou un aîné.

Dans tous ces sens, qui ne devez-vous pas juger?

Il y a certains jugements que nous ne pouvons pas faire.

Par exemple, je ne peux pas juger que je suis plus saint que vous, ou que vous êtes plus saint que moi. L’Ecriture dit:  » L’homme regarde le visage, mais Yahweh regarde le coeur. » (1 Sam 16: 7). Je ne peux pas vous dire si quelqu’un est en enfer; seul Dieu peut faire ce jugement. Je suis également interdit du «jugement de condamnation», dans lequel je suis inutilement sévère dans les punitions ou les conclusions. À cet égard, Jésus, utilisant la poésie des distiques, dit: « Ne jugez point, et vous ne serez point jugés; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés« (Luc 6:37). En effet, le Seigneur émet également cet avertissement concernant les jugements inutilement sévères: « Car selon ce que vous aurez jugé, on vous jugera, et de la même mesure dont vous aurez mesuré, on vous mesurera. »(Mat 7: 2).

Rien de cela n’est un mandat pour le silence face au péché ou aux actes répréhensibles. Nous devons juger entre le bien et le mal; nous ne pouvons pas nous dérober à nos devoirs pour corriger l’erreur et réprimander le péché chez les autres. Qui suis-je pour juger à cet égard? Je suis un gardien, un amoureux des âmes, un gardien, et celui qui a été commandé par le Christ de parler à un frère qui pèche. Et comme nous sommes appelés à corriger, nous devons aussi être ouverts à être corrigés nous-mêmes.

Voici un dernier mot de Paul, nous rappelant notre besoin de juger ce qui est juste et ce qui est faux et d’appeler avec compassion ceux qui sont perdus dans l’erreur et le péché: « Frères, lors même qu’un homme se serait laissé surprendre à quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur, prenant garde à vous-mêmes, de peur que vous ne tombiez aussi en tentation. Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la parole du Christ » (Gal 6: 1).

Traduction de « How to Respond When People Say, ‘Who Am I to Judge?’ » écrit par Msgr. Charles Pope sur le National Catholic Register en 2017

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