Du conservatisme et du libertarianisme (6/7): La liberté durable est celle des conservateurs

Article basé sur « Du Conservatisme et du Libertarianisme » de Hans-Hermann Hoppe. Traduction faite par Stéphane Geyres et Damien Theillier pour l’Institut Coppet.

Un grand merci à Stéphane Geyres pour sa relecture et ses commentaires. Vous pouvez le retrouver sur son blog: Liberté par principe.

Voici le troisième article d’une série consacrée aux liens entre le Conservatisme et le Libertarianisme. Il se base sur le chapitre « Du Conservatisme et du Libertarianisme » que l’on trouve dans le livre de Hans-Hermann Hoppe: « Democracy, the God that failed« .

Sommaire de la série:

Introduction

« Le modèle standard libertarien d’une communauté est celui d’individus qui, au lieu de vivre physiquement séparés et isolés les uns des autres, s’associent entre eux comme voisins vivants sur des terres adjacentes mais possédées séparément. Cependant, ce modèle est trop simpliste. Probablement, le fait de préférer des voisins à l’isolement tient au fait que pour des individus participant et prenant part aux bénéfices de la division du travail, un voisinage offre l’avantage supplémentaire d’un faible coût de transaction ; c’est-à-dire, un voisinage facilite l’échange. Comme conséquence, la valeur d’un terrain appartenant à un individu se verra améliorée par l’existence de terrains avoisinants appartenant à d’autres. Cependant, même si cela peut être vrai et constitue une raison valable pour préférer un voisinage à l’isolement, ce n’est en aucune manière toujours vrai. Un voisinage suppose aussi des risques et peut conduire à la baisse au lieu de la hausse de la valeurs des propriétés, car même si on suppose, en accord avec le modèle considéré, que l’établissement initial de propriétés avoisinantes est mutuellement bénéfique et même si on suppose en plus que tous les membres d’une communauté se gardent de toute activité criminelle, il pourrait encore arriver qu’un voisin précédemment « bon » devienne odieux. C’est le cas s’il ne s’occupe pas de sa propriété ou la change au point que cela affecte négativement la valeur des propriétés des autres membres de la communauté, ou s’il refuse simplement de participer à tout effort coopératif destiné à améliorer la valeur de la communauté dans son ensemble. Dès lors, afin de dépasser les difficultés inhérentes au développement de communautés lorsque la terre est maintenue en une propriété divisée, la formation des voisinages et des communautés a en fait suivi un processus selon des lignes très différentes de celles suggérées dans le modèle ci-dessus.

Plutôt que d’être composées de terres adjacentes possédées par plusieurs, donc, les voisinages étaient typiquement des propriétés ou des communautés fondées sur une convention. Elles étaient fondées et possédées par un possesseur unique qui « louait » alors des parties séparées de la terre, selon des conditions spéciales, à des individus choisis. A l’origine, de telles conventions étaient basées sur des relations de pairs, le rôle du possesseur étant assuré par le chef de famille ou de clan. En d’autres termes, de même que les actions des membres de la famille immédiate sont coordonnées par le possesseur ou chef du ménage dans une famille à ménage unique, la fonction de direction et de coordination de l’usage de la terre par des groupes de ménages voisins était traditionnellement remplie par le chef d’un groupe étendu de pairs. Dans les temps modernes, caractérisés par une croissance massive de la population et une perte significative de l’importance des relations entre pairs, ce modèle libertarien original d’une communauté propriétaire a été remplacé par de nouvelles évolutions familières telles que les centres commerciaux et les « communautés grillagées ». Les centres commerciaux comme les communautés résidentielles grillagées sont possédés par une seule entité, soit un individu soit une entreprise privée, et la relation entre le possesseur de la communauté et ses habitants et résidents est purement contractuelle. Le possesseur est un entrepreneur recherchant le profit en développant et gérant des communautés résidentielles ou d’affaire qui attirent du monde en tant qu’endroits où ils souhaitent résider ou mener leurs affaires. Le « possesseur », selon Spencer MacCallum,

«Construit de la valeur via l’inventaire d’une communauté de terre principalement en satisfaisant trois exigences fonctionnelles d’une communauté que lui seul en tant que propriétaire peut apporter convenablement : la sélection des membres, la planification des sols, et la direction… Les deux premières fonctions, la sélection des membres et la planification des sols, sont automatiquement réalisées par lui alors qu’il détermine qui pourra utiliser la terre et pour quoi faire. La troisième fonction, la direction, constitue sa responsabilité naturelle et aussi son opportunité propre, puisqu’il est de son seul intérêt de voir le succès de la communauté entière plutôt que celui d’intérêts spéciaux en son sein. L’attribution de la terre établit automatiquement le type de résidents et leur juxtaposition spatiale les uns par rapport aux autres et de ce fait, la structure économique de la communauté […] La direction inclut également l’arbitrage des différences entre résidents, ainsi que l’orientation et la participation aux efforts communs. [En effet], en un sens fondamental, la sécurité de la communauté est une partie de la fonction du propriétaire terrien. Par la planification des sols, il supervise la conception de toutes les constructions du point de vue de la sécurité. Il choisit aussi les résidents avec à l’esprit leur compatibilité et leur complémentarité avec les autres membres de la communauté et apprend à anticiper les habitats et à prévenir les différends émergeant entre résidents. Par ce rôle informel d’arbitrage et de pacification, il résout des conflits qui sinon pourraient devenir sérieux. De ces multiples façons, il assure une « possession tranquille », ainsi que cela fut admirablement exprimé dans la langue de la Common Law (NdT : la Loi commune, base du droit anglo-saxon), pour ses résidents. »

Ainsi, clairement, la tâche d’entretenir la convention comprise dans une communauté (possession) libertarienne appartient en premier lieu et principalement au possesseur. Pourtant, il n’est qu’un homme et il lui est impossible de réussir cette tâche à moins de disposer du soutien dans cette entreprise de la majorité des membres de la communauté en question. En particulier, le possesseur a besoin du soutien de l’élite de la communauté, c’est-à-dire les chefs des ménages et les firmes les plus lourdement investies dans la communauté. Afin de protéger et si possible d’améliorer la valeur de leur propriété et investissements, le possesseur comme l’élite communautaire doivent vouloir et être prêts à prendre deux formes de mesures protectrices. En premier lieu, ils doivent être prêts à se défendre par la force physique contre les invasions externes et à punir les criminels locaux. Mais en second et tout aussi important, ils doivent aussi vouloir se défendre par le recourt à l’ostracisme, l’exclusion et in fine l’expulsion, contre ces membres de la communauté qui prônent, promeuvent ou font la propagande d’actions incompatibles avec l’objet même de la convention : protéger la propriété et la famille.

A cet égard, une communauté fait toujours face à la double menace – entremêlée – de l’égalitarisme et du relativisme culturel. L’égalitarisme, sous toute forme et genre, est incompatible avec l’idée de propriété privée. La propriété privée implique exclusivité, inégalité et différence. Et le relativisme culturel est incompatible avec le fait – en fait fondamental – des familles et des relations intergénérationnelles entre pairs. Les familles et les relations entre pairs impliquent l’absolutisme culturel. Comme fait socio-psychologique, les sentiments égalitaires et relativistes trouvent tous deux un ferme soutien parmi chaque nouvelle génération d’adolescents. Du fait de leur développement mental encore incomplet, les juvéniles, spécialement de la variété mâle, sont encore réceptifs aux deux idées. L’adolescence est marquée par des pics (normaux pour cet âge) de rébellion du jeune contre la discipline imposée sur eux par la vie de famille et l’autorité parentale. Le relativisme culturel et le multiculturalisme fournissent l’instrument idéologique pour s’émanciper soi-même de ces contraintes. Et l’égalitarisme – basé sur la vue infantile que la propriété est « donnée » (et donc distribuée de manière arbitraire) et non individuellement appropriée et produite (et donc, justement distribuée, i.e. en accord avec la productivité personnelle) – fournit le moyen intellectuel sur lequel les jeunes rebelles peuvent poser des revendications sur les ressources économiques nécessaires à une vie libre du et hors du cadre disciplinaire de la famille.

Faire respecter une convention est pour beaucoup une question de prudence, bien sûr. Comment et quand réagir et quelle mesure protectrice prendre, requiert du jugement de la part des membres de la communauté et spécialement du possesseur et des élites de la communauté. Ainsi, par exemple, tant que la menace de relativisme moral se limite à une petite part des adolescents et des jeunes adultes sur une courte période de la vie (jusqu’à qu’ils s’installent comme adultes avec des contraintes familiales), il se peut très bien que ne rien faire du tout soit suffisant. Les promoteurs du relativisme culturel et de l’égalitarisme ne représenteraient guère plus qu’une gène ou une irritation temporaire et la punition sous forme d’ostracisme pourrait être vraiment légère et peu sévère. Une petite dose de ridicule et de mépris pourrait suffire pour contenir la menace relativiste et égalitaire. La situation est très différente, cependant, et des mesures nettement plus drastiques pourraient être requises, une fois que l’esprit de relativisme moral et d’égalitarisme a pris pied parmi les membres adultes de la société : parmi les mères, pères et chefs de ménages et de firmes.

Dès que des membres de la société expriment avec régularité l’acceptation ou même le soutien aux sentiments égalitaires, que ce soit sous forme démocratique (règle de la majorité) ou communiste, il devient essentiel que les autres membres et en particulier les élites sociales naturelles, soient prêts à agir de façon décisive et, en cas de non-conformité qui perdure, excluent et in fine bannissent ces membres hors de la société. Dans une convention conclue entre un possesseur et des résidents communautaires avec pour but la protection de leur propriété privée, il n’existe rien de tel que la liberté (illimitée) de parole, pas même le doit illimité de parole sur sa propre propriété de résident. On peut dire des choses innombrables et promouvoir presque toute idée sous le soleil, mais naturellement personne n’est autorisé à soutenir des idées contraires à l’objet même de la convention – qui vise à préserver et à protéger la propriété privée, telles que la démocratie et le communisme. Il ne saurait y avoir de tolérance envers les démocrates ou les communistes au sein d’un ordre social libertarien. Il leur faudra être physiquement séparés et bannis de la société. De même, au sein d’une convention fondée pour la protection des familles et des proches, il ne peut y avoir de tolérance envers ceux qui promeuvent régulièrement des styles de vie incompatibles avec cet objectif. Ils – les avocats des styles de vie alternatifs, non familiaux et « entre eux », tels que par exemple, l’hédonisme individuel, le parasitisme, l’adoration de la nature- environnement, l’homosexualité, ou le communisme – devront être physiquement retirés de la société, aussi, si on veut pouvoir maintenir un ordre libertarien.« 

4 Replies to “Du conservatisme et du libertarianisme (6/7): La liberté durable est celle des conservateurs”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s