Du conservatisme et du libertarianisme (5/7): Le droit de propriété implique le droit de discriminer

Article basé sur « Du Conservatisme et du Libertarianisme » de Hans-Hermann Hoppe. Traduction faite par Stéphane Geyres et Damien Theillier pour l’Institut Coppet.

Un grand merci à Stéphane Geyres pour sa relecture et ses commentaires. Vous pouvez le retrouver sur son blog: Liberté par principe.

Voici le cinquième article d’une série consacrée aux liens entre le Conservatisme et le Libertarianisme. Il se base sur le chapitre « Du Conservatisme et du Libertarianisme » que l’on trouve dans le livre de Hans-Hermann Hoppe: « Democracy, the God that failed« .

Sommaire de la série:

Introduction

Ce cinquième article explique en quoi il y a une incohérence fondamentale dans ce que souhaitent les libertariens de gauche. En effet, le respect du droit de propriété est le coeur même du libertarianisme. Hors les libertariens de gauche militent souvent pour des politiques anti-discriminatoires (c’est-à-dire que l’Etat interdise tout refus de transactions entre personnes) alors que le droit de propriété implique de pouvoir choisir avec qui on fait une transaction.

 » Cette combinaison intellectuelle ne pouvait finir bien. Le capitalisme de propriété privée et le multiculturalisme égalitaire font une combinaison aussi improbable que le socialisme et le conservatisme culturel. Et à essayer de combiner ce qui ne peut l’être, une grande partie du mouvement libertarien moderne contribua en fait à accroître l’érosion des droits de propriété (tout comme une grande partie du conservatisme contemporain contribua à l’érosion de la famille et des traditions morales). Ce que les libertariens contra-culturels n’arrivent pas à reconnaître et ce que les vrais libertariens ne sauraient assez mettre en avant, c’est que la restauration des droits de propriété privée et l’économie du laissez-faire impliquent une augmentation drastique et aigüe de la « discrimination » sociale et éliminera promptement la plupart sinon toutes les expériences de vie égalitaro-multiculturels si chères au cœur des libertariens de gauche. En d’autres termes, les libertariens doivent être des conservateurs radicaux et sans compromis. »

Interdire la discrimination, le retour de l’esclavage?

« Contrairement aux libertariens de gauche assemblés autour d’institutions comme le Cato Institute et l’Institute for Justice, par exemple, qui recherchent l’assistance du gouvernement central pour le respect de diverses politiques de non- discrimination et appellent à une politique non-discriminatoire, ou « politique de libre immigration », les vrais libertariens doivent adopter la discrimination, qu’elle soit interne (nationale) ou externe (politique étrangère). En effet, la propriété privée suppose la discrimination. Je possède ceci, cela, et non vous. Je suis autorisé à vous exclure de ma propriété. Je peux mettre des conditions à votre usage de ma propriété et je peux vous exclure de ma propriété. De plus, vous et moi, propriétaires privés, pouvons nous engager et conditionner notre propriété à une convention restrictive (ou protectrice). Nous et d’autres pouvons, si nous le considérons bénéfique, imposer des limitations sur l’usage futur que chacun de nous sera autorisé à avoir de notre propriété. »

Cela peut paraître choquant au premier abord étant donné le culte actuel pour la non-discrimination. Prenons l’exemple d’un propriétaire d’appartement qui propose son bien à la location. En tant que propriétaire, il doit pouvoir accepter le locataire qu’il souhaite en fonction de ses critères propres. Ils peuvent être communiqués ou non selon son appréciation. Si le propriétaire ne peut accepter ou rejeter qui il veut, il n’est pas propriétaire dans les faits.

Ce qui s’applique à la propriété des biens s’applique également à la propriété de son corps. Forcer quelqu’un à effectuer un travail (l’usage de son corps) contre son gré a un nom: l’esclavage. Illustrons maintenant avec l’exemple des pâtissiers chrétiens aux Etats-Unis qui avaient refusé de faire un gâteau de « mariage » pour un couple d’homosexuels. Ces derniers ont porté plainte pour discrimination et ont voulu que ces pâtissiers fassent le gâteau même si cela allait à l’encontre de leurs convictions et de leur volonté. Quelle différence avec l’esclavage?

L’Etat, promoteur de l’ensauvagement

« L’état-providence moderne a grandement vidé les propriétaires privés du droit d’exclusion impliqué par le concept de propriété privée. La discrimination est rendue hors-la-loi. Les employeurs ne peuvent pas engager qui il veulent. Les propriétaires fonciers ne peuvent pas louer à qui ils veulent. Les vendeurs ne peuvent pas vendre à qui ils souhaitent ; les acheteurs ne peuvent pas acheter auprès de quiconque ils souhaitent acheter. Et les groupes de propriétaires privés ne sont pas autorisés à convenir d’accords de restriction quelconque qu’ils pensent leur être mutuellement bénéfiques. L’état a ainsi dérobé au peuple le plus clair de sa protection physique et personnelle. Le résultat de cette érosion des droits de propriété privée sous l’état-providence démocratique, c’est l’intégration forcée. L’intégration forcée est omniprésente. Les Américains doivent accepter des immigrants dont ils ne veulent pas. Les enseignants ne peuvent se débarrasser des écoliers / étudiants douteux ou se comportant mal, les employeurs sont coincés avec des salariés peu utiles ou incompétents, les propriétaires fonciers sont obligés de faire avec les mauvais locataires. Les banques et les assurances ne sont pas autorisées à éviter les « mauvais » risques, les restaurants et les bars doivent s’accommoder de client non-bienvenus tandis que les clubs privés et les associations sont conduits à accepter des membres en violation de leurs propres règles ou restrictions. De plus, s’agissant de propriété publique, c’est-à-dire du gouvernement, l’intégration forcée a pris une forme dangereuse : celle de la norme et de l’absence de loi. »

Prenons un exemple qui préoccupe de nombreux français (nous y compris), celui de l’immigration de masse. Depuis les années 1970, l’Etat n’a de cesse de créer des lois anti-discrimination pour empêcher les propriétaires de discriminer les locataires, les entreprises de discriminer à l’embauche…

Si on y réfléchit, toutes ces lois sapent le respect du droit de propriété. Si je ne peux mon louer mon appartement à qui je le souhaite, je ne suis pas réellement propriétaire de cet appartement, seulement une sorte de gérant missionné par l’Etat. Il est intéressant de constater que cette propriété de papier mais tellement réglementée qu’elle ne l’est plus dans les faits est caractéristique des Etats collectivistes de type fasciste.

La discrimination, incitation au comportement « civilisé »?

« Exclure autrui de sa propre propriété est le mécanisme même selon lequel un propriétaire peut éviter les « maux » d’arriver : les événements qui feront baisser la valeur de sa propriété. En n’étant pas autorisé à exclure librement, l’incidence de ces « maux » – étudiants, employés, clients au mauvais comportement, fainéants, individus peu fiables, fourbes – augmentera et la valeur de la propriété baissera. En fait, l’intégration forcée (le résultat de toutes les politiques non-discriminatoires) nourrit mauvais comportement et pauvre caractère. Dans une société civilisée, le prix ultime pour un mauvais comportement est l’expulsion et les personnages douteux ou mal éduqués (même s’ils ne commettent aucun acte criminel) se trouveront bien vite délogés par tous et seront bannis, exclus physiquement de la civilisation.

C’est là un dur prix à payer ; de ce fait, la fréquence de tels comportements se voit réduite. A l’opposé, si on est empêché de déloger les autres de sa propriété lorsque leur présence et considérée comme malvenue, les mauvais comportements, les mauvaises conduites et les personnages clairement douteux sont encouragés (et rendus moins coûteux). Plutôt que d’être isolés et in fine totalement exclus de la société, les « clochards » – dans tous les domaines imaginables d’incompétence (de « clochardise ») – se voient autorisés à perpétrer leurs nuisances partout et donc les comportements douteux et les clochards prolifèrent. Les résultats de l’intégration forcée ne sont que trop visibles. Toutes les relations sociales – que ce soit en privé ou au travail – sont devenues toujours plus égalitaires (tout le monde tutoie tout le monde) et inciviles. »

Revenons sur l’exemple de l’immigration de masse. Les conservateurs (et même certains progressistes, c’est dire!) se plaignent du manque d’intégration des immigrés (le ravage est tel qu’on ne parle même plus d’assimilation). Pour lutter contre cela, ils militent pour la non-discrimination systématique alors que cette dernière incite systématiquement à la non-intégration.

En effet, sur un modèle similaire à ce qu’on observe pour les subventions et allocations, la non-discrimination n’incite pas les immigrés (et tous ceux qui ont des comportements alternatifs) à s’adapter à leur nouvel environnement. Ils peuvent continuer à cultiver leur différence sans crainte de représailles (contractuelles, il ne s’agit pas là d’inciter à la violence). Ils peuvent cracher sur la communauté majoritaire sans craindre de se voir exclure des circuits de l’emploi ou du logement. Car l’Etat veille!

Ainsi, tous ceux qui militent pour une meilleure intégration (voire assimilation) des immigrés doivent militer pour l’abrogation de toutes les lois anti-discrimination (et allocations également). Ainsi, les immigrés seront « contraints », s’ils veulent prospérer, de s’adapter à la communauté principale et de tisser avec elle des liens de confiance. Pour cela, il faudra faire montre de respect, d’humilité et de cordialité.

« Selon un fort contraste, une société dans laquelle le droit d’exclusion est entièrement restitué aux propriétaires privés serait profondément inégalitaire, intolérante et discriminatoire. Il y aurait peu ou aucune « tolérance » ou « ouverture d’esprit » si chères aux libertariens de gauche. A l’inverse, on serait sur le bon chemin vers la restauration de la liberté d’association et d’exclusion impliquées par l’institution de la propriété privée si seulement les villes et villages pouvaient et voulaient faire comme ils firent en réalité jusqu’au XIXe siècle en Europe et aux États-Unis. Il y aurait des signaux indiquant les exigences d’admission pour entrer dans la ville et, une fois en ville, des exigences d’accès propres aux diverses propriétés (par exemple, pas de mendiants, clochards, ou de sans abris, mais aussi pas d’homosexuels, d’usagers de drogue, de Juifs, de Musulmans, d’Allemands ou de Zoulous), et ceux qui ne respecteraient pas ces exigences d’entrée seraient fichus dehors comme des intrus. Presque instantanément, la normalité morale et culturelle se reconstituerait.

Les libertariens de gauche et expérimentalistes de styles de vie multiculturels ou contre-culturels, même s’ils sont sans rapport avec un crime quelconque, auraient à nouveau à payer le prix de leur comportement. S’ils devaient conserver leur style de vie ou comportement, ils se verraient exclus de la société civilisée et en vivraient physiquement séparés, dans des ghettos ou en marge de la société et de nombreux postes ou professions leur seraient inaccessibles. A l’inverse, s’ils devaient vouloir vivre et progresser au sein de la société, il leur faudrait s’adapter et assimiler les normes morales et culturelles de la société qu’ils souhaitent rejoindre. S’adapter de la sorte n’impliquerait pas forcément devoir totalement abandonner leur comportement ou style de vie non-standard ou anormaux. Mais cela impliquerait néanmoins de ne plus pouvoir « sortir » et afficher leur comportement ou style de vie en public. De tels comportements devront rester au placard, cachés aux yeux du public et confinés entre quatre mur. Les mettre en avant ou les afficher en public conduirait à l’expulsion. »

Comme commenté précédemment, un respect strict du droit de propriété implique le droit de discriminer librement. A ce stade, si on imagine deux communautés conservatrices différentes qui partagent le même territoire, l’une sera considérée comme la contre-culturelle par l’autre, et vice-versa. On peut se demander alors laquelle sera la plus ghettoïsée.

Si on se base sur des exemples passés et actuels, on voit que la communauté conservatrice qui l’emportera sera la plus stricte, à la fois sur son application de la discrimination à l’encontre de l’extérieur et sur l’application de ses principes de conservation, notamment démographiques. C’est qu’en fait, les deux n’étaient pas également conservatrices, l’une l’était plus que l’autre.

Néanmoins, à premier abord, il y a un point assez problématique ici dans l’analyse de Hoppe. En effet, si on applique son analyse au Moyen-Orient, alors la communauté conservatrice civilisée est la musulmane et la communauté contra-culturelle est la chrétienne (bien qu’elle fût la conservatrice par le passé). Est-ce que Hoppe pense vraiment que la civilisation musulmane est plus civilisée que la chrétienne?

Il faut nuancer cet exemple car la civilisation musulmane s’est, depuis le début, toujours établie par la force à la différence de la chrétienne.

« En complément, les vrais libertariens conservateurs – par opposition aux libertariens de gauche – doivent non seulement reconnaître le fait qu’il y aura une brusque augmentation de la discrimination (exclusion, expulsion) dans une société libertarienne où les droits de propriété sont entièrement restitués aux propriétaires de maisons et de terrains privés. Mais plus important, il leur faudra reconnaître – et l’éclairage conservateur peut être utile pour y arriver – qu’il est bien qu’il en soit ainsi : c’est-à-dire, qu’il devrait y avoir stricte discrimination si on veut atteindre l’objectif d’une anarchie de propriété privée (ou une pure société de droit privé). Sans une discrimination continue et sans relâche, une société libertarienne s’éroderait rapidement et dégénérerait en un socialisme d’état-providence. Chaque ordre social, y compris libertarien ou conservateur, exige un mécanisme d’autocontrôle. Plus précisément, les ordres sociaux (contrairement à la mécanique ou aux systèmes biologiques) ne s’entretiennent pas automatiquement ; ils nécessitent l’effort conscient et l’action intentionnelle de chaque membre de la société pour leur éviter de se désintégrer. »

Ainsi, si les conservateurs veulent reprendre la main, ils doivent militer pour la suppressions des allocations, des subventions et des lois de non-discrimination. De plus, comme le dit Hoppe, les conservateurs doivent faire un perpétuel effort pour éviter à la société de se désintégrer.

En quoi cela peut-il consister « concrètement » pour les conservateurs catholiques? Si on se base sur cette analyse et qu’on veut être en accord avec l’Evangile, on peut dresser la liste suivante:

  • A l’intérieur de la communauté catholique
    • Ré-évangéliser la communauté en permanence
    • Aider spirituellement et matériellement la communauté en priorité
    • Commercer en priorité avec la communauté
    • Avoir des familles nombreuses
    • Promouvoir la fidélité, le mariage
    • Exclure de la communauté les membres aux croyances ou pratiques déviantes (excommunication)
    • Sortir de tous les systèmes de l’Etat:
      • Education à la maison, Ecoles privées hors contrat
      • Ne pas acheter de TV pour ne pas payer la redevance
      • Boycotter France TV et Radio France
  • A l’extérieur de la communauté catholique
    • Annoncer l’Evangile du Christ au risque d’être martyr
    • Ne commercer avec l’extérieur qu’en dernier recours
    • Ne pas avoir recours à des services finançant des systèmes alternatifs (par exemple, ne pas acheter de produits cachère ou hallal)
    • En cas d’aide vers l’extérieur, appliquer « Prima Veritas deinde Caritas » (D’abord la Vérité, ensuite la Charité) c’est-à-dire, accompagner systématiquement l’aide de l’annonce de l’Evangile. Refuser l’aide si l’Evangile n’est pas reçu comme indiqué en Luc 10:8-12:

« Dans quelque ville que vous entriez, si l’on vous reçoit, mangez ce qu’on vous présentera; guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur: Le royaume de Dieu est proche de vous. Mais dans quelque ville que vous entriez, si l’on ne vous reçoit pas, allez sur les places publiques et dites: La poussière même de votre ville, qui s’est attachée à nous, nous l’essuyons contre vous; sachez cependant ceci, c’est que le royaume de Dieu est proche. Je vous le dis, il y aura, en ce jour-là, moins de rigueur pour Sodome que pour cette ville. »

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