Du conservatisme et du libertarianisme (4/7): Les libertariens ne sont-ils pas tous des hippies?

Article basé sur « Du Conservatisme et du Libertarianisme » de Hans-Hermann Hoppe. Traduction faite par Stéphane Geyres et Damien Theillier pour l’Institut Coppet.

Un grand merci à Stéphane Geyres pour sa relecture et ses commentaires. Vous pouvez le retrouver sur son blog: Liberté par principe.

Voici le quatrième article d’une série consacrée aux liens entre le Conservatisme et le Libertarianisme. Il se base sur le chapitre « Du Conservatisme et du Libertarianisme » que l’on trouve dans le livre de Hans-Hermann Hoppe: « Democracy, the God that failed« .

Sommaire de la série:

 

Introduction

« Alors que les créateurs intellectuels du libertarianisme moderne furent des conservateurs culturels, et alors que la doctrine libertarienne est totalement compatible et congruente avec la vision conservatrice du monde (et n’amène pas, comme le prétendent certains conservateurs critiques, à un « individualisme atomisé » ou à un « égoïsme possessif »), sous la corruption de l’état-providence moderne, le mouvement libertarien a connu une transformation significative. A bien des égards (et même dans son ensemble aux yeux des médias et du public), il est devenu un mouvement qui combine antiétatisme radical et économie de marché avec gauchisme culturel, contre-culture, multiculturalisme et hédonisme personnel; c’est-à-dire l’exact opposé du programme buchananien de socialisme culturellement conservateur : le capitalisme contre-culturel.

Plus haut, on notait que le programme buchananien de nationalisme socialiste ne semble pas connaître un grand attrait, du moins aux États-Unis. Cela est vrai dans une plus grande mesure encore de la tentative libertarienne de synthèse de l’économie de marché avec la contre-culture et le multiculturalisme. Cependant, comme pour le conservatisme auparavant, mon inquiétude centrale n’est pas tant le manque d’attrait des masses, ni le fait de savoir si certaines idées peuvent être psychologiquement combinées et intégrées, mais bien de savoir si ces idées peuvent être combinées en pratique et de manière effective, ou non. C’est mon intention de montrer qu’elles ne le peuvent pas, et qu’une large part du libertarianisme contemporain est un faux libertarianisme contre-productif (tout comme le conservatisme de Buchanan est un faux conservatisme contre-productif).

Le fait qu’une large part du libertarianisme moderne soit culturellement à gauche n’est pas dû à un quelconque enseignement des principaux théoriciens libertariens. Comme nous l’avons remarqué plus haut, ils étaient pour la plupart culturellement conservateurs. Ce fut plutôt le résultat d’une compréhension superficielle de la doctrine libertarienne par bien de ses adeptes et cette ignorance trouve son explication dans une coïncidence historique : la tendance évoquée, inhérente à l’état-providence social-démocrate à promouvoir un processus intellectuel et émotionnel d’infantilisation (la décivilisation de la société).

Les débuts du mouvement libertarien moderne aux États-Unis remontent au milieu des années soixante. En 1971 le parti Libertarien fut fondé et en 1972 le philosophe John Hospers fut le premier candidat à la présidence (NdT : des États-Unis). C’était le temps de la Guerre du Vietnam. Simultanément, promu par les grandes « avancées » de la croissance de l’état-providence du début et du milieu des années soixante et suivantes aux États-Unis et de façon similaire en Europe Occidentale (la soi-disant législation des droits civils et la lutte contre la propriété), un phénomène de masse nouveau émergea. Un nouveau « Lumpen-prolétariat » (NdT : terme marxiste signifiant « sous-prolétariat ») d’intellectuels et jeunes intellectualisés se fit jour – le produit d’un système toujours croissant d’un système socialiste d’éducation (publique) – « agacés » par la morale et la culture « bourgeoises » prépondérantes (quoique vivant bien plus confortablement que le vrai et ancien Lumpen-prolétariat sur la richesse créée par cette même culture prépondérante). Le multiculturalisme, le relativisme culturels (vivre et laisser vivre) et l’antiautoritarisme égalitariste (ne respecter aucune autorité) furent élevés des phases temporaires et transitoires du développement mental (adolescence) à une attitude permanente entre les intellectuels et leurs étudiants.

L’opposition de principe des libertariens à la Guerre du Vietnam coïncida avec l’opposition quelque peu diffuse à la guerre de la part de la Nouvelle Gauche. En outre, l’aboutissement anarchique de la doctrine libertarienne séduisit la gauche contra-culturelle. Car la non légitimité de l’état et l’axiome de non-agression (voulant qu’on doit pas initier ou menacer d’initier la force physique contre autrui ou sa propriété) n’impliquaient-ils pas que tout le monde ait la liberté de choisir le style de vie – non-agressif – qui lui soit propre ? Cela n’impliquait-il pas que la vulgarité, l’obscénité, la profanation, l’usage de la drogue, la promiscuité, pornographie, prostitution, homosexualité, polygamie, pédophilie ou tout autre perversité concevable ou anormalité, en tant que crimes sans victime, ne soient aucunement des offenses mais des activités et styles de vie normaux et légitimes ? Sans surprise donc, dès le début le mouvement libertarien attira un nombre inhabituellement élevé d’adeptes anormaux et pervers. Par la suite, l’ambiance contra-culturelle et la « tolérance » relativiste multiculturelle du mouvement libertarien attira un nombre encore plus grand de désaxés, ratés professionnels ou personnels, ou encore carrément minables. Murray Rothbard, par dégoût, les appelait les « nihilo- libertariens » et les identifiait comme des libertariens « modaux » (typiques et représentatifs). Ils imaginaient une société où chacun serait libre de choisir et d’entretenir n’importe quel style de vie non-agressif, la carrière ou le personnage qu’il voudrait, et où, comme conséquence de l’économie de marché libre, tout le monde serait sur un niveau élevé de prospérité générale. Ironiquement, le mouvement qui s’était formé pour démanteler l’état et restaurer la propriété privé et l’économie de marché était largement repris et son image déformée, par les produits mentaux et émotionnels de l’état- providence : la nouvelle classe d’adolescents permanents. »

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