Du conservatisme et du libertarianisme (1/7): Les deux types de conservateurs

Article basé sur « Du Conservatisme et du Libertarianisme » de Hans-Hermann Hoppe. Traduction faite par Stéphane Geyres et Damien Theillier pour l’Institut Coppet.

Un grand merci à Stéphane Geyres pour sa relecture et ses commentaires. Vous pouvez le retrouver sur son blog: Liberté par principe.

Sommaire de la série:

Voici le premier article d’une série consacrée aux liens entre le Conservatisme et le Libertarianisme. Il se base sur le chapitre « Du Conservatisme et du Libertarianisme » que l’on trouve dans le livre de Hans-Hermann Hoppe: « Democracy, The God That Failed« .

Introduction

Cet article se focalise tout d’abord sur la définition du terme « conservatisme » qui sera utilisée dans les articles suivants. Nous tenterons de le commenter par rapport au contexte français.

« Laissez-moi commencer par une réflexion sur les deux sens possibles du terme «conservateur». »

Premier sens de « conservateur »: défenseur du statu quo

« Le premier sens se réfère au conservateur qui soutient de façon générale le statu quo, c’est-à-dire une personne qui souhaite conserver les lois, règles, réglementations, codes moraux ou comportementaux, quels qu’ils soient, existant à un moment donné.

Puisque des lois, des règles et des institutions politiques différentes sont en vigueur à des moments ou endroits différents, ce qu’un conservateur soutient dépend et varie avec le temps et l’espace. Être un conservateur ne veut rien dire de particulier à part aimer l’ordre établi, quel qu’il puisse être.

Le premier sens peut donc être mis à l’écart. « 

A ce titre, l’exemple de la Droite française est éloquent. En effet, la Droite se présente souvent comme conservatrice (même si elle n’ose pas le dire ouvertement) et il est vrai qu’elle va plutôt dans ce sens de privilégier le statu quo après avoir perdu les batailles « progressistes ».

La droite a été tour à tour monarchiste, libérale, bonapartiste, républicaine, nationaliste, nationale-socialiste glissant chaque fois de son socle idéologique originel proche des Jean-Baptiste Say ou Yves Guyot. La difficulté de ces « conservateurs » est qu’ils n’ont au final plus aucune ligne idéologique commune ni surtout cohérente. Ce ne sont plus que l’assemblage hétéroclite des personnes que le progressisme forcené de la gauche a repoussé à droite. À droite plus par opposition à une gauche que par conviction claire et assise.

Aujourd’hui, la Droite (dans sa majorité) est socialiste (elle ne remet jamais en cause la spoliation légale (pardon la « solidarité nationale »: cf discours de Laurent Wauquiez (les Républicains) le 4 Janvier 2016: « Cette crise économique est aussi une crise sociale avec le sentiment d’une perte de sens de notre système de solidarité qui ne vient plus en aide à ceux qui en ont vraiment besoin » ) et républicaine (« il faut défendre les [soit-disantes] valeurs de la République » cf même discours de Wauquiez: je veux que demain on puisse se dire notre région est la fierté de la France, le symbole d’une République qui repart de l’avant).

Il peut y avoir des luttes ponctuelles contre des « progrès » poussés par la gauche comme la PMA, la GPA, le « mariage » homosexuel ou l’avortement. Mais ce que l’on constate, c’est qu’une fois la bataille gagnée par le camps du « progrès », la droite ne milite jamais pour abroger et revenir à la situation précédente qu’elle a échoué à conserver. (Par exemple Laurent Wauquiez au Figaro en Septembre 2017: « Il ne s’agit pas de démarier les couples de même sexe et le sujet n’est pas la notion de mariage« )

Ce qu’on voit au niveau des mesures sociétales se retrouvent également sur les mesures économiques (si tant est que l’Etat ait la moindre légitimité dans ce domaine – Bastiat nous dirait que non et dès lors devrait pousser la Droite au retour vers moins d’Etat).

En effet, la Droite française ne remet jamais en cause le modèle « social » français. Elle appelle seulement à une plus grande « efficacité » de celui-ci. Par exemple, la Droite ne remet pas non plus en cause l’ISF ou les droits de succession qui sont des impôts sur les impôts comme elle ne remet jamais en cause la logique de « redistribution » effectuée par la spoliation légale des français.

Ainsi, la Droite française est hélas bien plus « conservatrice » dans le premier sens de Hoppe, à savoir qu’elle privilégie le statu quo et non dans le second qu’il détaillera dans la suite.

Second sens de « conservateur »: défenseur de la loi naturelle

« Le terme « conservateur » doit avoir un autre sens. Ce qu’il signifie, et ne peut que signifier, est ceci : « conservateur » fait référence à quelqu’un qui croit en l’existence d’un ordre naturel, un état naturel qui correspond à la nature des choses, du monde et de l’Homme. Cet ordre naturel existe et peut être perturbé par des accidents et anomalies : par les tremblements de terre et ouragans, maladies, pestes, monstres et grosses bêtes, par les chevaux à deux têtes ou hommes à quatre jambes, les paralytiques et les idiots, et par la guerre, la conquête et la tyrannie. Mais il n’est pas difficile de distinguer la forme normale de l’anomalie, l’essentiel de l’accidentel. Un peu d’abstraction supprime les contingences et permet à presque tous de voir ce qui est et ce qui n’est pas naturel et en accord avec la nature des choses. De plus, l’état naturel est en même temps l’ordre des choses le plus pérenne. L’ordre naturel est ancien et pour toujours le même (seules les anomalies et accidents subissent le changement), on peut donc le reconnaître partout et à tout instant. »

Le « conservateur » véritable soutiendra donc que l’ordre naturel est bon et qu’il doit être conservé. Mieux, il poussera au retour à l’ordre naturel chaque fois que les forces politiques nous en aurons éloignésEn ce sens, il est différent du premier car il ne veut pas le statu quo mais le changement pour aller vers l’ordre naturel.

« Le « conservateur » reconnaît l’ancien et le naturel à travers la contingence des anomalies et accidents et le défend, le soutient et aide à le préserver du temporaire et de l’anormal. Au sein du domaine des humanités, y compris les sciences sociales, un conservateur reconnaît familles (pères, mères, enfants, petits-enfants) et ménages, sur la base de la propriété privée et en coopération avec une communauté d’autres ménages, comme les unités sociales les plus fondamentales, naturelles, essentielles, anciennes et indispensables. De plus, la famille-ménage représente aussi le modèle de l’ordre social en général. De la même façon qu’il existe un ordre hiérarchique dans une famille, il y a un ordre hiérarchique au sein d’une communauté de familles – fait d’apprentis, de servants, de maîtres, vassaux, chevaliers, seigneurs, nobles, et même rois – liés ensemble par un système élaboré de relations entre pairs ; de même pour les enfants, parents, prêtres, évêques, cardinaux, patriarches ou papes, et finalement le dieu transcendant. Des deux couches d’autorité, le pouvoir physique, terrestre des parents, des seigneurs et des rois est naturellement subordonné et sujet de contrôle par l’autorité spirituelle et intellectuelle ultime des pères, des prêtres, des évêques et finalement de Dieu.

Les conservateurs (ou plus spécifiquement, les conservateurs gréco-chrétiens occidentaux), s’ils soutiennent quelque chose, soutiennent et veulent préserver la famille, les hiérarchies sociales et les couches d’autorité matérielle comme spirituelle et intellectuelle, fondées sur les liens familiaux et les relations entre pairs. »

On pourrait dire que les « vrais » conservateurs sont ceux qui reconnaissent l’antériorité et la primauté d’une loi « naturelle » par rapport à une loi civile. On pense à l’exemple d’Antigone de Sophocle qui souhaite accomplir les rites funéraires pour son père malgré l’interdiction de la cité.

Plus proche de nous, prenons l’exemple de « l’égalité de condition ». Un conservateur sait que l’inégalité fait partie intégrante de la vie. Chacun naît différent et cette inégalité est normale, naturelle. Le conservateur sait que c’est même de cette inégalité de chacun que naît le besoin des uns envers les autres et dès lors de la richesse issue des échanges libres et de la collaboration spontanée. On pourrait même dire qu’elle est juste dans le sens où personne n’a choisi cet état de fait et n’a commis de tort envers autrui par cette inégalité.

Deuxième article: Pourquoi les conservateurs doivent être des libéraux et pourquoi les libéraux doivent être conservateurs

 

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