6 préjugés qu’ont les catholiques sur les libertariens

Traduction française de « 6 Myths Catholics Tell About Libertarians« , écrit par  publié sur LewRockwell.com en 2012.

Les libertariens catholiques comme moi-même ont pris l’habitude d’être sermonnés par des prêtres, des évêques et des experts catholiques au sujet de l’incompatibilité inhérente entre le catholicisme et le libertarianisme. Cette affirmation, qu’elle soit présentée par écrit ou comme une harangue de la chaire, s’accompagne généralement d’un ensemble de mythes éprouvés sur le libertarianisme qui démontre souvent une mauvaise compréhension de ce qu’est le libertarianisme. Bien sûr, on ne rencontre jamais une condamnation en bloc du progressisme (note du traducteur: aux Etats-Unis, « liberalism » se traduit plutôt par « progressisme » ou sociale démocratie; en France, ce qu’on appelle « libéralisme » est plutôt appelé « classical liberalism » aux Etats-Unis (mais ce n’est pas le cas au Royaume-Uni, allez comprendre :))) ou du conservatisme, principalement parce qu’un grand nombre de catholiques américains s’identifient généralement comme l’un ou l’autre. Cependant, compte tenu du nombre relativement faible de libertariens parmi les fidèles, on peut le dénoncer en toute sécurité, et ni le courage ni l’érudition ne sont requis.

L’opposition au libertarianisme provient d’une poignée de mythes qui circulent parmi les catholiques sur le libertarianisme.

Préjugé n°1: Les libertariens sont des libertins

Il est certainement vrai que certains libertariens sont libertins, tout comme certaines personnes qui professent être catholiques sont aussi des libertins. Il n’y a certainement rien dans la philosophie libertarienne qui empêche une personne d’être libertine. Le libertarianisme, après tout, n’est qu’une théorie politique et repose sur l’idée qu’il est immoral, sauf en cas de légitime défense, de se livrer à la violence contre d’autres personnes. L’État, étant une organisation qui maintient un monopole sur les moyens de coercition, est fondé sur l’usage de la coercition et est par conséquent intrinsèquement violent. Pour les libertariens, alors, les cas dans lesquels les Etats peuvent agir moralement doivent être soit limités à un très petit nombre de situations, soit totalement éliminés.

Ainsi, les libertariens soutiennent simplement qu’il n’est pas moral pour les États d’infliger des amendes, d’emprisonner, de tuer, de persécuter ou de contraindre de quelque manière que ce soit des êtres humains qui souhaitent se comporter de manière immorale sans violence physique envers les autres. Par exemple, si une personne souhaite fumer un joint, il n’est pas moral pour l’État de persécuter une telle personne puisqu’elle n’a rien fait de violent.

Rappelez-vous, rien n’empêche une organisation bénévole privée, comme une famille, une église, un club ou une entreprise de décourager ou de dénoncer un tel comportement chez ses membres. En effet, le libertarianisme plaide fortement pour que les organisations privées comme les églises,les familles et les entreprises soient libres d’exiger de leurs membres et de leurs employés tout comportement qu’ils souhaitent.

Cette situation, bien sûr, est ce qui a historiquement prédominé dans la chrétienté. Les lois sur les drogues, par exemple, sont une invention du 20ème siècle. Les chrétiens marchaient-ils défoncés dans la rue tous les jours avant l’interdiction de l’usage de la marijuana dans les années 1930? Évidemment pas. En effet, on pourrait dire que l’usage de drogues est beaucoup plus répandu chez les chrétiens maintenant qu’il ne l’était avant que les drogues ne soient rendues illégales.

Saint Thomas d’Aquin s’est éminemment prononcé contre les gouvernements civils qui tentaient d’interdire le vice humain. Son affirmation selon laquelle « aussi bien dans le gouvernement humain, ceux qui sont en autorité, tolèrent à juste titre certains maux, de peur que certains biens ne soient perdus, ou que certains maux ne soient encourus », n’était pas une déclaration que des vices moraux comme la prostitution étaient moralement permis. C’était simplement une reconnaissance du fait que l’État interdise un vice était souvent un remède pire que la maladie.

Préjugé n°2: Les libertariens haïssent les pauvres

Ceux d’entre nous qui ont été impliqués dans la politique de droite pendant des années ont tous vu comment certaines personnes pourraient avoir cette impression. Parmi les experts et les militants conservateurs et républicains, qui prétendent souvent de manière peu convaincante être en faveur des «marchés libres», on entend souvent des dénonciations de pauvres qui sont vraisemblablement paresseux, trompeurs et stupides. Cela signifie apparemment que les pauvres et leurs enfants «méritent» d’être pauvres.

Il est très rare que quelqu’un rencontre cette attitude avec un libertarien qui n’est pas en fait un conservateur prétendant être libertarien pour paraître plus branché.

En fait, l’une des raisons majeures pour lesquelles les libertariens sont si opposés au pouvoir de l’État est que nous reconnaissons que l’État est à l’origine de la plus grande partie de la pauvreté qu’il va ensuite prétendre éradiquer. La dépression actuelle en est un exemple parfait. Il y a maintenant au moins 8-10 millions d’Américains sans emploi. L’effondrement actuel est le résultat d’au moins 20 ans d’ingérence économique et de destruction de richesses encouragées par le gouvernement à travers la manipulation de la masse monétaire et à travers un Etat réglementaire incontrôlé. Cela a conduit à la situation actuelle d’une économie stagnante,d’un chômage et d’un sous-emploi endémiques.

Alors que la classe moyenne se rétrécit et que des millions de personnes basculent dans la pauvreté à cause de l’État, comment pouvons-nous dire que les victimes les plus vulnérables de l’État, les pauvres, «méritent» leur situation actuelle?

Les libertariens reconnaissent que subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa famille est un travail difficile et que les gens doivent être aussi libres que possible de poursuivre ces objectifs. Ces personnes devraient également avoir plus de contrôle sur leurs revenus et leur richesse afin de pouvoir également financer d’avantage leur Églises. En fait, des millions d’Américains qui travaillent donnent 40 à 50% de leurs revenus pour financer des ministères gouvernementaux massifs à Washington, des guerres interminables et des renflouements de milliardaires. Pendant ce temps, le gouvernement que nous sommes obligés de financer cause la pauvreté qu’il nous dit pouvoir réparer. L’argument selon lequel le gouvernement est le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté est naïf à l’extrême. En effet, quand il s’agit de laisser le gouvernement se charger de réduire la pauvreté, on pourrait tout aussi bien mettre les communistes en charge de la production alimentaire.

Préjugé n°3: Les libertariens négligent la solidarité

De nombreux catholiques libertariens, comme Thomas Woods, ont souvent fait valoir que les idéaux libertariens d’un juste gouvernement civil et d’une économie juste sont bien ancrés dans le principe de subsidiarité – l’idée que tout acte de gouvernement doit être accompli au niveau le plus local possible – cela a longtemps été favorisé par les théologiens et les papes catholiques.

Certains commentateurs catholiques comme Mark Shea, affirment que les libertariens favorisent un souci de subsidiarité au détriment de la solidarité. Cette notion, bien sûr, est basée sur une acceptation des préjugés n°1 et n°2.

Ce mythe peut être dissipé de deux manières différentes. Premièrement, nous pouvons noter que le libertarianisme n’est pas opposé au succès et à la légalité des organisations non gouvernementales. Deuxièmement, nous notons que les libertariens s’opposent à l’organisation qui a fait plus pour détruire la solidarité humaine que toute autre organisation de l’histoire humaine: l’Etat.

D’abord, rien dans le libertarianisme ne fait que les libertariens s’opposeraient au succès et à la propagation des organisations et des organismes sur lesquels la solidarité est construite. Cela inclut les familles, les églises, les clubs, les associations, les écoles et même les syndicats. Les libertariens croient que toutes ces organisations devraient être libres d’exister sans être molestées par l’État. Pour le libertarien catholique, les fondements les plus importants de la société sont bien sûr la famille et l’Église. Sous un régime libertarien, ces organisations peuvent être librement soutenues par n’importe qui, et elles peuvent pacifiquement encourager les autres à le faire aussi.

D’un autre côté, les libertariens s’opposent à l’État. Il est difficile d’imaginer à quel point exactement les catholiques pro-étatiques s’imaginent que l’État encourage réellement la solidarité. Favorise-t-elle la solidarité en semant la guerre de classe à travers le vol d’une classe pour la donner à une autre? Est-ce le capitalisme de connivence qui appauvrit les pauvres pour le bien des milliardaires (note du traducteur: est appelé capitalisme de connivence l’action de lobbying de certaines grandes entreprises pour changer la loi en leur faveur afin d’éliminer la concurrence et l’accès au marché par de nouveaux entrants. Ce capitalisme est malheureusement souvent confondu (à dessein ou par ignorance) avec le capitalisme libéral qui ne permettrait pas ce genre de choses)? Est-ce que les guerres sans fin favorisent la solidarité? Le largage des bombes atomiques sur les femmes et les enfants a-t-il contribué à la solidarité? Que diriez-vous de toutes les famines causées par les gouvernements allant de l’Irlande à la Chine? Est-ce que le meurtre de masse des prêtres mexicains au cours des années 20 a favorisé la solidarité? (note du traducteur: la révolte des Cristeros du Mexique est très similaire à ce que nous avons connu en France avec le massacre des prêtres et religieuses, notamment le génocide vendéen par l’Etat. Pour ma part il est toujours incompréhensible de voir que de nombreux catholiques français sont aussi soumis à l’Etat après les horreurs commises par la « République »)

Certains catholiques diront: «Vous, les libertariens, êtes trop extrêmes, vous voulez trop réduire le gouvernement parce que certains Etats ont vraiment été terribles. Si nous votons pour les bonnes personnes, de si mauvaises choses n’arriveront pas.  » En réponse, j’ai une question: Comment cela s’est-il passé pour vous jusqu’alors?

Préjugé n°4: Les libertariens ne soutiennent la liberté que parce que c’est dans leur intérêt personnel

Celui-ci est le plus facilement réfuté. Toute personne qui a été impliquée dans l’activisme libertarien sait que le fait d’être un libertarien n’est pas vraiment un grand choix de carrière. Il est susceptible de le rendre impopulaire et, s’il a de la chance, il sera simplement considéré comme un excentrique inoffensif par ses collègues et les membres de sa famille. Souvent, les gens ne sont pas charitables. La plupart des libertariens soutiennent le libertarianisme parce qu’ils pensent que c’est la bonne chose à faire, non parce qu’il y aurait une sorte de bénéfice matériel attendu. Très peu de libertariens s’attendent à des victoires libertariennes majeures dans un proche avenir.

Bien qu’il y ait de vraies victoires, comme la fin du communisme mondial en 1989 et le fait que l’économie keynésienne soit maintenant discréditée par tout le monde sauf les fonctionnaires et les économistes académiques, aucun libertarien ne s’attend à bénéficier de manière significative de l’avance des idées libertariennes dans sa vie. Par exemple, une grande victoire libertarienne serait une réduction importante des dépenses militaires et la fin des nombreuses guerres étrangères du gouvernement. Comment cela profiterait-il à n’importe quel libertarien qui prône un tel tournant? Ce n’est pas évident.

Préjugé n°5: Les libertariens veulent persécuter le christianisme

Il ne fait aucun doute que certains libertariens veulent persécuter les chrétiens, mais si ces libertariens adhèrent réellement aux principes libertariens de ne pas utiliser le pouvoir du gouvernement contre les gens, alors nous n’avons pas grand chose à craindre d’eux, n’est-ce pas?

D’un autre côté, un gouvernement fort est l’une des armes les plus dangereuses dans les mains de ceux qui cherchent à persécuter la foi (et aussi dans celles de ceux qui ne le veulent pas).

Il n’est pas nécessaire d’être historien pour remarquer que le catholicisme aux États-Unis a été beaucoup moins persécuté que dans de nombreux pays, y compris de nombreux pays dits catholiques.

Cela est dû en grande partie aux traditions libertariennes (en déclin rapide) aux États-Unis concernant la façon dont l’Etat interagit avec les religions. Le Premier amendement stipule que le Congrès ne fera aucune loi « concernant un établissement de religion, ou interdisant le libre exercice de celle-ci. » Cet amendement est né d’une tradition qui nous vient de nombreuses leçons apprises au cours des siècles en Grande-Bretagne et dans les colonies américaines. Les colons ont appris que les majorités religieuses ont tendance à persécuter les minorités religieuses, et de nombreux auteurs de la Constitution sont arrivés à la conclusion que la meilleure façon de promouvoir le christianisme était de le laisser tranquille. Beaucoup de catholiques ont cru en la thèse erronée des gauchistes selon laquelle la clause d’établissement était l’œuvre des laïcs, et que la séparation de l’Église et de l’État nuisait aux Églises.

Au contraire, la séparation de l’Église et de l’État en Amérique a été l’un des plus grands obstacles sur le chemin de ceux qui auraient pu chercher à persécuter les catholiques dans ce qui, pour la plus grande partie de son histoire, a été un pays imprégné d’anticatholicisme.

Pourquoi, par exemple, n’y-a-t-il jamais eu de purges anti-cléricales aux États-Unis comme il y avait au Mexique pendant les années vingt? Pourquoi les femmes et les enfants catholiques n’ont-ils jamais été abattus spécifiquement pour leur foi, comme ce fut le cas en Espagne dans les années trente? Pourquoi les tentatives d’interdire les écoles catholiques ont-elles été déclarées illégales?(note du traducteur: cf les horreurs également commises en France pendant la Révolution Française)

La réponse est qu’il y a une tradition en Amérique, au sujet de la religion, qui dit que l’Etat qui gouverne le mieux gouverne le moins. Nous appelons cette philosophie une philosophie libertarienne.

Malheureusement, à notre époque de l’Etat illimité, les vieilles contraintes sur l’Etat, même en matière de religion, s’effondrent à un rythme de plus en plus rapide.

Ce qui n’arrange rien, c’est qu’il y a depuis longtemps une tendance pro-étatique au sein du clergé et de la hiérarchie catholiques qui l’ont exhorté (l’Etat) à tous les types de socialisme au nom du soulagement de la pauvreté.

Récemment, après des décennies de promotion naïve pro-gouvernemental, les évêques ont finalement compris qu’un Etat qui est assez puissant pour mener une guerre totale et pour distribuer la richesse et réglementer à une échelle massive, est assez grand pour persécuter et poursuivre les catholiques qui refusent de commettre le péché en accord avec la réglementation gouvernementale.

Évidemment, une telle situation ne se réaliserait jamais, même sous un régime libertarien laïciste militant, puisque les libertariens ne réglementeraient jamais les soins de santé. Les médecins catholiques, les pharmaciens et les hôpitaux seraient libres de se gouverner eux-mêmes conformément à leur foi catholique.

Préjugé n°6: Les libertariens ne sont pas pro-vie

Il ne fait aucun doute que les libertariens sont divisés pour savoir si l’avortement devrait être légal. Comme il s’agit d’un débat ouvert entre libertariens, il n’y a pas de « position libertarienne » sur la légalité de l’avortement, et toute prétention que les libertariens sont « pro-avortement » est simplement contraire aux faits.

D’autre part, on peut noter que les libertariens sont beaucoup moins belliqueux envers les bébés qui sont ex-utero que ne le sont les conservateurs ou les progressistes (note du traducteur, à nouveau j’ai traduit « liberals » par « progressistes » par rapport au contexte américain). Tous deux détournent le regard ou défendent activement les blessures horribles subies par les enfants au nom de la «défense nationale» ou de la «démocratie mondiale». Rares sont les conservateurs ou les progressistes qui dénonceront, par exemple, les bombardements atomiques au Japon comme crime contre l’humanité, malgré le fait que des centaines de milliers de femmes, d’enfants, de tout-petits et de nourrissons japonais ont été horriblement brûlés à mort.

Le dernier document publié par le Concile Vatican II, connu sous le nom de Gaudium et Spes, stipule que «tout acte de guerre visant à détruire sans discernement des villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants est un crime contre Dieu et contre l’humanité, qui mérite une condamnation ferme et sans équivoque. »

Les conservateurs et les progressistes défendent régulièrement ce genre de violence contre les civils au nom de la guerre contre le terrorisme ou pour débarrasser le monde du mal ou d’une autre utopie inaccessible et irréaliste, mais ce sont les libertariens qui sont censés être anti-catholiques.

L’Etat n’est pas notre ami. Beaucoup de catholiques s’opposent aux libertariens parce qu’apparemment, certains catholiques s’accrochent toujours à des notions sur le gouvernement qui n’ont jamais été vraies, en soutenant par exemple que les Etats sont construits sur le consentement et la vertu et qu’ils font plus de bien que de mal. La réalité est très différente. Même les États les moins corrompus et les plus contraints sèment la discorde parmi leurs peuples, exproprient des quantités massives de richesses pour les envoyer vers les personnes politiquement bien connectées, mènent des guerres contre les civils, répriment la dissidence, supplantent la famille et persécutent les religieux.

Clairement, cette institution censée nous apporter autant de bénédictions, n’est pas assez limitée.

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