Le catholicisme et le libertarianisme

Préambule par Tomasz Steinmetz

La question fondamentale pour les Catholiques libéraux, celle qui revient chaque fois qu’on réfléchit sur la philosophie politique, est de savoir si les idées libertariennes contredisent la Doctrine Sociale de l’Église. Dans la série « La DSE » nous voudrions traduire des articles qui peuvent aider à trouver une réponse.

Pour commencer, je préfère réserver la place aux critiques modérées de la pensée libertarienne. L’essai de Brian Jones « Le catholicisme et le libertarianisme » fut publié par « Catholic World Report » en septembre 2013. Après une introduction journalistique (n’abandonnez pas trop tôt !), la section philosophique suit. Elle est écrite avec un ton calme et analytique et fait ressortir trois faits importants pour la discussion :

  1. Les libertariens sont divers et le libertarianisme est un large spectre, un terme générique.
  2. Le libertarianisme stricto sensu, l’un acceptable pour tous les libertariens, n’est pas un système axiologique complet. Il faut le voir comme une partie minimale qui peut bien s’intégrer à la plupart des systèmes moraux.
  3. La DSE et le thomisme prévoient un rôle important pour l’Etat et le droit, ce qui peut exaspérer beaucoup de libertariens.

Grâce à une exclusion de la moralité du cadre de discussion proposée en 2), on peut se concentrer sur les points de vue de l’Église concernant les formes de la vie sociale, même s’ils changent à travers les siècles. 

Toutefois, je pense que la traduction ci-dessous contribue bien à faire comprendre les positions des deux côtes et les malentendus possibles entre CERTAINS libertariens et les catholiques. Comme préparation, je vous invite cordialement à vous familiariser avec les concepts du thomisme dont Brian Jones parle comme une de sources de la doctrine sociale de l’Eglise. 

En plus, si on est d’accord avec ses positions ou non, l’article nous permettra de distinguer les questions qui vont revenir dans chaque comparaison de la doctrine sociale de l’Eglise et le libertarianisme (surtout l’autorité, le droit et l’ordre des choses).

J’énumère ces questions dans la section « Questions » du site (à venir).

J’ai ajouté des annotations là où je trouve utile d’indiquer des liens vers d’autres sources ou un commentaire me semblait nécessaire.

Tout cela dit : Allons-y !

Le texte ci-dessous est une traduction de « Catholicism and Libertarianism » écrit par Brian Jones pour The Catholic World Report

Brian Jones: Le catholicisme et le libertarianisme

Alors que le libertarianisme propose un nombre d’hypothèses en accord avec la doctrine sociale de l’Eglise, l’intégration complète entre les deux est à la fin impossible.

Au début de cette année j’ai participé à une conférence de Ludwig von Mises Institute à Houston, Texas. La conférence était focalisée sur les présents défis financiers de notre pays (note du traducteur: les États-Unis) et proposait une discussion sur les solutions économiques et politiques. Comme l’orateur d’ouverture était Ron Paul, j’ai pensé qu’on pouvait dire que la majorité des auditeurs s’identifiait comme des libertariens, socialement ou philosophiquement. Mais j’ai appris que ce n’était pas complètement vrai. Pendant la pause de la première session, après la conférence de Lew Rockwell, j’ai commencé une conversation avec un jeune homme qui s’appelait Bo. Après les présentations et les échanges de courtoisie, Bo a demandé : « J’imagine que vous êtes libertarien ?»

« Non », ai-je répondu, « en fait je suis thomiste. »

A ma surprise et joie, Bo, ayant lu Thomas d’Aquin au collège, savait ce que cela signifiait et répondit que Saint Thomas avait changé la manière dont il voyait et faisait de la philosophie. Bo favorisait l’avis libertarien sur la politique et était curieux de connaître les raisons de ma présence, croyant peut-être que ma présence était un signe de ma «conversion». J’ai expliqué que, en tant que thomiste, je ne suis pas d’accord avec beaucoup des positions libertariennes mais je reste préparé à affirmer tout ce qui est vrai dans la pensée et l’enseignement libertarien.

Être un thomiste ce n’est pas simplement adhérer à un ensemble de doctrines (c’est ça aussi !), mais c’est une manière de regarder tout – une manière de distinguer et séparer afin d’unir en voyant les relations des parties à l’ensemble. Finalement, c’est une quête de la vérité comme la fin de l’intellect humain, la cherchant partout, quelque soit la source. Ralph McInerny donne une image magnifique d’un thomiste dans son livre «Thomism in an Age of Renewal» :

On lit Thomas avec une reconnaissance croissante qu’il était en principe intéressé par tout ce qui lui était disponible, quelque soit la source ; en outre la sympathie qu’il avait pour les auteurs dont les principes fondamentaux étaient différents des siens, la valeur qu’il cherchait à trouver dans ce qu’il lisait, reste unique dans l’histoire de philosophie. (p 52)

Alors, qu’est-ce que le thomisme a à voir avec le libertarianisme ? L’élection présidentielle récente et les batailles politiques de la suite ont révélé une forte tendance parmi plusieurs catholiques de tenter une intégration entre le libertarianisme et la doctrine sociale de l’Église. Même si c’est vrai qu’il y a des positions libertariennes complétement en accord avec le Catholicisme, il faut souligner que l’intégration est très complexe et qu’à un certain niveau elle est assez difficile, presque impossible.

Ce que j’espère faire, avec l’aide de St Thomas, c’est de faire ressortir ces positions qui, vues par la lentille de la DSE, révèlent l’incompatibilité au moins dans les questions de : 1) la nécessité du gouvernement, 2) la loi comme pédagogie morale, 3) l’ordre [la situation philosophique] de la politique. C’est très important de noter que je ne prétends pas faire correspondre le thomisme et le Catholicisme mais seulement indiquer quelques aspects fondamentaux de la DSE [dans une forte relation au thomisme] qui seront problématiques pour le libertarianisme.

Avant l’analyse de ces trois questions, je voudrais mettre en attention le fait que la définition du libertarianisme demande une grande clarté, parce que selon Dr Edward Fesser, le libertarianisme peut être perçu de diverses perspectives, par exemple comme un point de vue philosophique avec lequel la majorité des questions est abordée par la lentille libertarienne. En même temps il y a des positions libertariennes plus spécifiquement liées à l’économie et pour ça pas nécessairement une vue de l’ensemble mais seulement d’une partie. Ainsi, le libertarianisme a plusieurs formes différentes, plus ou moins compatibles avec le Catholicisme.

Je tente seulement de souligner ce que je vois comme des tendances prévalentes dans la littérature libertarienne et les discours publics. Les trois questions présentées ici se trouvaient dans le discours de Ron Paul et ont réaffirmé mes hypothèses sur le même libertarianisme.

De la nécessité du gouvernement

Pendant son discours d’ouverture Ron Paul a dénoncé « les maux du gouvernement » plusieurs fois. Il a raison, dans un sens, de déplorer l’ascendance de l’étatisme et l’agrandissement toujours dangereux de la taille de notre gouvernement, toujours au nom de la « compassion » et « du soin des citoyens ». La venue de la globalisation a sans doute coïncidé avec une croissance du rôle du gouvernement dans presque chaque côté de son existence et l’appel continu de Ron Paul pour la réduction du gouvernement montre sûrement un niveau de réalisme politique – « Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins ». Néanmoins les libertariens, et Ron Paul particulièrement, critiquent souvent le gouvernement avec tant d’ardeur qu’ils semblent supposer, au moins implicitement, que le gouvernement est le résultat de la vilenie humaine et par cela déclarant le gouvernement intrinsèquement mauvais dans sa propre nature. On peut entendre une note augustinienne dans le fond, concrètement la notion que dans une société bonne et parfaite il n’y aurait plus besoin d’un gouvernement parce que la vertu suffirait pour réaliser le bien commun.

Dans la première partie de « Summa Theologiae » (Q. 96, A.4) St Thomas d’Aquin évoque la question de savoir si l’homme gouvernerait les autres dans un état non déchu. C’est une question très augustinienne. Thomas tente plutôt d’analyser si le gouvernement est intrinsèquement bon ou simplement un résultat du pêché de l’homme, une force de dissuasion contre les rages de notre vice. St Thomas s’appuie sur Aristote et commence par distinguer le gouvernement despotique du politique. Il assimile le premier à la relation esclave-maître où le maître gouverne pour son bien et ses ambitions privées. Le deuxième se définit par le gouverneur menant les gouvernés à leur propre bien, ce qui au final produit le bien commun de la société entière.

Il y a en principe deux raisons pour lesquelles ce type du gouvernement politique soit nécessaire. De nouveau, en s’appuyant sur Aristote, St Thomas affirme que l’homme est politique par nature, qu’il est né dans la société et ne la choisit pas, comme il aurait fait avec d’autres associations. L’homme est « un animal politique » pas seulement parce qu’il ne peut pas satisfaire ses besoins de base lui-même mais, ce qui est plus important, parce qu’il est incapable de la vertu et du fleurissement humain authentique sans la société. Veuillez noter que cela reste vrai dans la société de la vertu parfaite et de la bonté morale, ce que Yves Simon appelle «la fonction perfective » de l’autorité.(Note du traducteur : je voudrais remarquer ici, que l’auteur substitue l’autorité pour la société et qu’elles ne sont pas la même chose du tout – voir notre section « L’autorité ».)

Avec cela on arrive au deuxième point. Thomas accepte simplement le fait que les hommes ont l’intelligence, la sagesse, la vertu et la prudence à différents degrés – quelques-uns en plus et quelques-uns en moins. La relation parent-enfant est un bon exemple : les parents doivent substituer leur intelligence et leur volonté à celles de l’enfant. Ce n’est pas mauvais ou déséquilibré mais un cas naturel qui sert au bien de l’enfant. Néanmoins le point de Thomas n’est pas simplement sur le rôle de substitution de l’autorité, comme chez les parents, mais il s’occupe plus de l’orientation et la volonté pour le bien commun. Parce que dans une société qui a la liberté et l’excellence et a plusieurs chemins pour poursuivre le bien commun, «plus on aurait besoin d’une autorité pour décider entre les plusieurs bons choix » (James V. Schall SJ, « Government in a Perfect Society »). Ce serait justement dans des circonstances très rares que la société n’aurait pas besoin d’une autorité pour son bien. (Note du traducteur : il y a différentes formes de l’autorité, un sujet vaste. Entre autres « le pouvoir » dénoncé par les libertariens. L’auteur ignore la question de la rupture [breaking] de la volonté et de légitimité de telle action. C’est assez important qu’il existe encore une autorité soutenue par exemple et par respect, une autorité qui reste en accord avec le volontarisme. Pour moi, ici le volontarisme va plus loin dans ses notions que le thomisme en éliminant la force de l’autorité. Il faut aussi remarquer que la question de la confiance en l’autre versus la confiance en soi-même seulement entre dans le cadre. Voyez des autres articles dans notre section « L’autorité ».)

En plus, à la lumière du bien commun, le gouvernement est nécessaire pour que les citoyens désirent et réalisent les biens particuliers parce que l’abondance des biens particuliers poursuivis par les citoyens est le résultat de la perfection, pas du désordre. On ne peut pas tous faire les mêmes choses, alors ce sera le pré-requis de l’autorité d’aider à accentuer et ordonner ces biens dans leur particularité et décider comme ils construisent une bonne société dans l’ensemble (Y. Simon, « Philosophy of Democratic Government », Ch.1) ( note du traducteur: Le thomisme ici présenté semble à démontrer une lacune de croyance en « l’ordre spontané », une idée tellement proche du traducteur. Voir notre section « L’ordre des choses ».)

C’est vrai, comme les libertariens nous le rappellent, en accord avec St Augustin et St Thomas, que les désordres de la société sont parfois les résultats d’un gouvernement dérangé. Pourtant la tendance libertarienne s’arrête souvent juste là, en supposant que le gouvernement est mauvais par nature et encourage un plus grand intérêt pour les choses privées et les biens individuels. Par cela elle perd de vue la relation de la partie à l’ensemble. Ce concept du gouvernement est une idée lockéenne qui voit le gouvernement seulement dans son rôle négatif – la protection du pire de la part des citoyens et la structure légale pour la protection de nos biens matériaux et corporels.

Le droit comme la pédagogie morale

A la lumière de ces considérations, il n’est que naturel qu’on retienne une conception du droit déformée. Après le discours de Ron Paul, j’ai parlé du libertarianisme en général avec un autre jeune homme et il se disait un catholique pratiquant. Le sujet du mariage homosexuel a été touché à l’occasion et il a professé que l’état n’a aucun droit d’entrer dans le processus de la décision de mariage. Il a suggéré justement la neutralité du gouvernement. Cette prétention de la neutralité, une chose souvent adoptée par le libertarianisme, a ses racines dans la modernité politique, morale et philosophique et reste incompatible avec la doctrine sociale de l’Église.

Les anciens et les médiévaux tenait que le but et la nature du droit est de rendre les hommes bons. Les lois ainsi comprises devaient non seulement nous empêcher de l’assouvissement des vices les plus pernicieux pour la société mais, ce qui était aussi important, nous aider à cultiver les habitudes et les usages qui peuvent assister les citoyens dans la croissance comme des agents moraux et sociaux. Cela requiert naturellement l’admission de deux points fondamentaux : au premier, que les citoyens ont une vraie nature humaine et au deuxième que c’est la pratique de la vertu, la seule activité capable de faire croître et réaliser le bonheur des individus et de la société politique entière, qui perfectionne cette nature. La démocratie libérale moderne rejette d’habitude ces deux points, mais pour les anciens, les médiévaux et les Catholiques aussi, c’est le point du départ de toutes les réflexions solides sur la philosophie politique et la signification de la vie d’un homme dans une société. (note du traducteur: Sur la nature du droit lisez dans notre section « Le droit »)

Pour démontrer l’erreur de la « neutralité » dans le cadre du droit, on a besoin justement d’évoquer la fameuse décision de 1992 Planned Parenthood vs Casey où la cour a déclaré que « Au cœur de la liberté il y a un droit de définir son propre concept de l’existence, de la signification, de l’univers et du mystère de la vie humaine ». À la fin de « Farewell to Congress » Ron Paul écrit :

Je suis arrivé à une ferme conviction après toutes ces années passées à tenter de définir la vérité de choses. La meilleure chance pour faire avancer la paix et la prospérité pour une quantité maximale de personnes, c’est de poursuivre la LIBERTÉ.

L’appel pour la liberté de Paul, proche de John Locke et John Stuart Mill, est lié fortement à sa compréhension du but du droit : la restriction de ceux qui ne peuvent pas vivre en paix avec les autres dans la société. Ici, la fonction du droit est simplement négative et ouvre les portes à la cultivation d’un avis philosophique et théologique exprimé dans la décision Casey. Il ne peut y avoir de neutralité face aux lois établies, dès qu’elles contiennent une philosophie concrète, une vue de la personne humaine, du bonheur, de la vertu et du destin final d’homme. (note du traducteur: le cas de l’avortement est un cas limite pour les libertariens, car la moitié est contre en raison de la violation du principe de non-aggression à l’encontre de l’enfant à naître, et l’autre moitié est pour laisser la liberté de choisir considérant que la vie commence à la naissance et non à la conception)

C’est vrai que l’Église, avec St Thomas comme point de référence, est lucide sur le fait que l’accoutumance des actes par le droit est externe et incapable de diriger les mouvements intérieurs de la volonté. Néanmoins il importe peu au bien commun de dire que les pensées et les mouvements intérieurs doivent rester complétement outre le droit (cf. Michael Pakaluk, “Is the Common Good of Political Society Limited and Instrumental?” Review of Metaphysics, vol. 55, 2001, pp. 799-816). Comme Hadley Arkes a une fois écrit : le caractère moral du droit n’implique pas la destruction de la distinction entre le droit et la moralité et n’élimine pas les limitations prudentielles de l’exécution publique de la moralité publique (The Philosopher and the City: the Moral Dimensions of Urban Politics, 450-455).

L’ordre de la politique

Ces deux points de critique [déjà discutés] sont plus particuliers que la dernière question que je vois comme une question fondatrice du libertarianisme dans son ensemble et comme quelque chose qui était présentée dans pratiquement toutes les philosophies politiques depuis Locke. Il s’agit de la même nature et le même ordre de la politique, de cela qui constitue « la vie politique ». Dans le Catholicisme il y a toujours la prise de conscience qu’afin que la politique reste elle-même et réalise son but en accord avec la nature de l’homme comme un animal social, elle doit indiquer vers ce qui n’est pas ultimement politique :

Voilà, en effet, le bon­heur spéculatif, à quoi toute la vie politique semble bien ordonnée, puis­que par la paix, que l’on établit et conserve par l’ordonnance de la vie poli­ti­que, on fournit l’opportunité de contempler la vérité.

(Commentaire de l’éthique à Nicomaque de l’Aristote par Saint-Thomas d’Aquin, #2101, traduit par Yvan Pelletier 1999, ici).

La doctrine libertarienne pose correctement le besoin de limiter le gouvernement et de restreindre son expansion au-delà de son cadre et son but naturel. Pourtant le point essentiel semble ici : « c’est qui limite la politique qui devient l’affirmation d’un ordre qui la transcende ». (Note du traducteur : Certains, et j’accentue CERTAINS, entre les libertariens prennent parfois la doctrine volontariste comme une vue du monde, une vue transcendante, presque religieuse.)

Autant la société et la culture ont besoin de la reconnaissance publique du droit naturel et l’exécution de bonnes lois pour le soutien du comportement moral et la vie vertueuse, l’homme est ultimement un être convoqué à une fin surnaturelle, qui ne peut pas être satisfaite par l’ordre politique. Ici, il vaut encore la peine de citer St Thomas :

Il était nécessaire à la direction de la vie humaine qu’il y eût une loi divine, outre la loi naturelle et la loi humaine. Il y a quatre raisons à cela : 1° C’est par la loi que l’homme est guidé pour accomplir ses actes propres en les ordonnant à la fin ultime. Donc, si l’homme n’était ordonné qu’à une fin proportionnée à sa capacité naturelle, il n’aurait pas besoin de recevoir, du côté de sa raison, un principe directeur supérieur à la loi naturelle et à la loi humaine qui en découle. Mais, parce que l’homme est ordonné à la fin de la béatitude éternelle qui dépasse les ressources naturelles des facultés humaines, comme on l’a dit, il était nécessaire qu’au-dessus de la loi naturelle et de la loi humaine il y eût une loi donnée par Dieu pour diriger l’homme vers sa fin.

(La somme théologique, I-II, 91.4 ; traduction par Institut Docteur Angélique, ici)

Un homme a une vie et des biens qui surpassent son ordination à la société politique. C’est parce qu’une personne humaine est attirée au-delà de la cité. Jacques Maritain au début de son œuvre classique « L’Humanisme intégral » déclare qu’ « offrir à l’homme seulement l’humain est le trahir ». Cette idée, dans la lignée de la citation de St Thomas, est peut-être la fondation de toutes les réformes sociales authentiques et le point du départ des réflexions sur les choses politiques. C’est pratiquement la même pensee que le pape Jean Paul II exprime dans Centessimus Annus, qu’ « il ne peut pas y avoir une autre solution authentique de la question sociale que l’Évangile » (#5).

Je suis sûr que certains libertariens sont d’accord avec mon point. Mais la tendance dans le libertarianisme est de minimaliser sa prééminence comme un point focal de toute réforme réelle dans la vie de l’homme, la politique incluse. Comme je l’ai dit dans cet essai, le libertarianisme a un nombre de principes qui sont totalement en accord avec la doctrine sociale de l’Église et mon but n’est pas de dénoncer le libertarianisme. Mon espoir est plutôt de démontrer quelles questions particulières de base le rendent difficile à intégrer avec le Catholicisme à la lumière des points fondamentaux pour la doctrine sociale de l’Église.

Le réalisme augustinien du libertarianisme, particulièrement à l’égard de la politique et à ce que les hommes font de leur vie, est sans doute rafraichissant et nécessaire s’il faut arrêter le toujours menaçant et tout-puissant cours de l’Etat qui ne fait rien au-delà de ses propres déterminations et ses critères auto-légiférés. En effet, je vais conclure avec une phrase du Père Schall, une sagesse qu’on ferait bien de tous suivre : même s’il est essentiel de se souvenir de notre Augustin, il ne faut pas oublier non plus notre Aristote et Saint Thomas.

 

2 Replies to “Le catholicisme et le libertarianisme”

  1. Chers amis,

    Merci de m’avoir signalé cette réflexion de Brian Jones. Les commentaires du traducteur sont au moins aussi intéressants que le texte lui-même.

    Dans ces commentaires, vous faites référence à différentes sections du site : « L’autorité », « Le droit », « L’ordre des choses ». Existent-elles déjà, ou sont-elles à venir ? En attendant, avez-vous quelques lectures (éventuellement anglophones) à conseiller sur ces sujets ?

    Bien cordialement,
    Benoît Perrin

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