Mourir pour la Vérité: Hans et Sophie Scholl

Cet article est une traduction de « Dying for the Truth: Hans and Sophie Scholl » publié sur le site de Crisis Magazine et écrit par Marie Meaney 

Il y a soixante-quinze ans, Hans et Sophie Scholl ont été guillotinés, quatre jours à peine après que le concierge de l’université de Munich les ait surpris en train de distribuer des tracts antinazis. Elle avait 21 ans, lui 24 ans, mais ils sont allés à la mort courageusement, pacifiquement. Ils s’étaient levés contre les mensonges du Troisième Reich, son mépris pour la vie humaine, en particulier pour celle des Juifs, ses guerres meurtrières et le lavage de cerveau de ses citoyens. Les frères et soeurs Scholl sont honorés aujourd’hui pour leur résistance courageuse. Mais l’attention n’est pas suffisamment attirée sur la source de leur force, à savoir leur foi profonde en Dieu.

Les frères Scholl avaient rejoint le groupe de résistance des étudiants « Die Weiße Rose » à Munich avec d’autres au printemps (Sophie légèrement plus tard) en 1942. Ils écrivaient, imprimaient et distribuaient des tracts via d’autres étudiants dans les villes du sud de l’Allemagne et finalement à Hambourg. Hans étudiait la médecine, Sophie la philosophie et la biologie. Une fois pris, ils ont pris la responsabilité de tout, voulant protéger leurs amis – mais ils n’ont pas pu empêcher leurs proches collaborateurs (Alexander Schmorell, Willi Graf (qui est considéré pour la béatification), Christoph Probst et le professeur Kurt Huber) d’être également exécutés.

Bien qu’ils soient issus d’une famille merveilleuse – leur père avait toujours critiqué les nazis, qualifiant Hitler de «fléau de l’Allemagne» alors que leur mère leur transmettait la foi (ils étaient des protestants pratiquants) – ils avaient ressenti l’attrait du Zeitgeist, emballé de manière attrayante à travers le Hitlerjugend et le Bund Deutscher Mädel (les scouts féminines). Pourtant, ils ont rapidement perdu leur position de leader une fois qu’ils ont commencé à voir et à dénoncer l’idéologie nazie. Ils avaient déjà été arrêtés une fois en décembre 1937 pour leur appartenance à un groupe de jeunes interdit. Sophie a été détenue un jour, Hans pendant cinq semaines, mais à cause d’une amnistie générale, aucun procès n’a eu lieu. Ceci, plus que tout autre chose, leur a ouvert les yeux sur le totalitarisme du Troisième Reich. Ils se rendirent compte des horreurs de la guerre, appréhendèrent le sort des Juifs et d’autres personnes qui disparaissaient subitement, et eurent le courage d’agir selon leurs convictions. Cela a finalement conduit à leur arrestation et à leur mort.

En quittant la salle d’audience, Hans a eu le temps de crier au juge fanatique, Roland Freisler, qui était célèbre pour avoir crié sur et réprimandé les accusés, qu’il y avait, encore, une justice différente de celle qui leur était imposée. Freisler lui-même a rencontré cette autre justice divine le 3 février 1945, lorsqu’il a été tué lors d’un attentat à la bombe, portant le dossier d’un accusé qui aurait autrement été condamné à mort. D’autres ont eu leur jour au tribunal après la guerre.

Le matin de sa mort, Sophie a eu son fameux rêve: elle portait un bébé vêtu de blanc sur une colline vers une église où il devait être baptisé. Alors qu’une crevasse s’ouvrit brusquement devant elle, elle eut le temps de déposer l’enfant de l’autre côté avant de tomber elle-même. Elle interprète cela comme signifiant que leur idée, leur idéal de liberté (qui était le dernier mot qu’elle a écrit au verso de son acte d’accusation), survivrait, qu’elle avait préparé son chemin même si elle devait mourir dans le processus.

Ceux qui ont vu le film Les derniers jours de Sophie Scholl auront déjà une bonne idée de ce que représentaient les frères et sœurs Scholl et de la façon courageuse dont ils ont témoigné de la vérité durant ces derniers jours de leur vie, même si le film n’insiste pas suffisamment sur leur religiosité. Leur sœur, Inge Aichinger-Scholl, interrogea des témoins oculaires et compila des informations intéressantes rassemblées en 78 pages rédigées pour ses parents. Elle a parlé au pasteur qui leur avait rendu visite en prison. Il a affirmé que «l’on pouvait entendre la course des ailes des anges». Le bourreau, Johann Reichhart, qui a infligé la peine capitale à 3 000 personnes pendant le Troisième Reich, a déclaré qu’il n’avait jamais vu quelqu’un mourir comme ça. Leurs parents, qui se sont précipités à la prison après que leurs enfants aient été condamnés, n’eurent que 10 minutes avec eux, mais ont dit que les visages de Hans et de Sophie étaient lumineux.

Non seulement ils ont été profondément nourris par leur foi chrétienne, mais on peut aussi retracer une influence catholique significative dans leur vie. Le publiciste catholique Carl Muth et le penseur Theodor Haecker (converti et traducteur de Newman) étaient parmi leurs contacts étroits; ils furent aussi profondément influencés par Augustin, Pascal, le renouveau catholique et la scolastique.

Ils ont compris que la crise en Allemagne n’était pas d’abord politique, mais spirituelle. «Sans Dieu, l’homme est sans défense contre le mal», écrivaient-ils dans le quatrième de leurs six dépliants, car il est «comme un bateau sans gouvernail, abandonné à la tempête». Ils décrièrent l’apathie des gens qui attendent quelqu’un de l’extérieur pour les libérer de cette « dictature du mal » comme ils appelaient l’état nazi (troisième tract). Mais on ne peut pas maintenir son innocence tout en regardant passivement gagner le mal: « car chaque jour où vous hésitez encore », comme ils ont déclaré dans leur troisième dépliant, « que vous ne résistez pas à ce rejeton de l’enfer, votre culpabilité augmente comme une courbe parabolique de plus en plus haute. » Ils ont dénoncé l’extermination des Juifs, l’appelant « le crime le plus horrible contre la dignité de l’homme, un crime qui ne ressemble à aucun autre dans l’histoire de l’humanité » (deuxième tract). Dans ce contexte, on ne peut douter, prétendaient-ils, de l’existence de puissances démoniaques, bien que cela n’excuse pas les êtres humains de céder ou de ne pas résister (troisième tract). À tout le moins, suggéraient-ils, la résistance passive est ouverte à tout le monde, pour saboter le régime partout où l’on peut.

Comme le colonel Claus von Stauffenberg qui fit une célèbre tentative ratée contre la vie d’Hitler avec une valise insuffisamment puissante, les membres de « La Rose Blanche » espéraient réussir, mais en même temps se rendait compte qu’en cas de défaite, l’importance d’avoir essayé était éminemment importante: pour l’Allemagne d’alors puis pour l’Allemagne future.

Mais que restent-t-ils de leurs espoirs pour l’Europe, leur désir d’un renouveau spirituel ( car « seule la religion peut ressusciter l’Europe » et seul le christianisme pourrait assurer la paix, comme ils l’ont écrit dans leur quatrième dépliant)? Il est impossible de rendre justice à cette question dans un court article. Mais l’Allemagne – après s’être réveillée sous l’autorité du chancelier catholique Adenauer à l’importance de la loi naturelle, à la signification de l’Europe et à l’idée que quelque chose de semblable ne se reproduise plus – est tombée dans une autre idéologie meurtrière comme le reste du monde occidental. Cette idéologie n’a peut-être pas encore été imposée par un régime totalitaire en Occident, même si les démocraties, comme nous l’avons vu en Allemagne, peuvent devenir totalitaires.

Le Christ a accusé les pharisiens de tuer les prophètes en honorant les tombes des martyrs passés, ignorant qu’ils commettent les mêmes crimes que leurs ancêtres. Il ne suffit pas de se prosterner devant les tombes des Scholls et de leurs amis, ni d’imaginer que les nouvelles idéologies ressembleront à celles du passé. Cela nous rendra aveugles à celles qui sont dangereuses au milieu de nous.

L’idéologie actuelle semble avoir atteint la quadrature du cercle en combinant ce qui semblait simplement un style de vie relâché dans une Weltanschauung. Elle annonçait son arrivée avec la Révolution Sexuelle, appelant à une libération sexuelle, dont l’attrait attirait les monticules de cadavres et les vies brisées des femmes et des familles à venir: plus de deux milliards de bébés ont été avortés dans le monde depuis les légalisations en cascade d’avortement dans l’Ouest il y a plus de 50 ans. L’euthanasie, dont nous venons de voir le début, est la conséquence logique de cette culture de mort. Et l’idéologie du genre est le sommet de la fausse pensée utopique que la nature humaine peut être façonnée en quelque chose que l’on veut, essayant de faire taire tous ceux qui pensent différemment.

Les frères Scholl ont averti de l’apathie, plutôt que de la peur. D’une manière ou d’une autre, le courage de résister au Zeitgeist – qui n’est pas une rigidité rigide (comme l’a si bien dit le pape Benoît XVI dans un sermon à cinq évêques nouvellement ordonnés) – et la volonté d’agir, est ce que à nous sommes appelés comme le furent les Scholls. Être centré sur la vérité exige d’être ancré en Dieu. La prière et l’action doivent donc aller de pair: cette dernière doit découler de la première. Ce n’est qu’alors que l’hommage à des témoins courageux comme les Scholl ne restera pas un pur discours.

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