Un autre point de vue chrétien sur les impôts

Traduction par le @catholiquelibertarien de l’article « An alternative christian view on taxes » de  Dr. Jamin Hübner

Les premiers siècles après et avant Jésus-Christ étaient très violents dans le monde gréco-romain. Il y avait des soulèvements fréquents, des tentatives de coup d’État, des assassinats de dirigeants politiques, des efforts de réforme et des massacres de Juifs et d’autres groupes menés par les Romains. La Palestine, la terre sainte, était contrôlée par l’empire romain en perpétuelle expansion. Les Israélites exilés essayaient parfois de la «récupérer» par des moyens tout aussi violents. Outre cette lutte continue, les Romains apportaient également de nouvelles menaces religieuses, politiques et diverses formes de coercition – sans parler des programmes religieux et culturels (Hellénisme). Les révoltes contre cette paganisation remontent à la révolte des Maccabées (note du traducteur: livre 1 et 2 des Maccabées) dans les années 160 avant Jésus-Christ (aujourd’hui célébrée sous le nom de Hanoukka).

Vous pouvez imaginer quelles attentes de liberté politique et religieuse il pouvait y avoir. Le peuple dispersé d’Israël attendait un grand chef qui renverserait bientôt le gouvernement romain et rétablirait le royaume de David pour toujours.

A l’opposé de ces espoirs traditionnels, Jésus mit en évidence la fausse autorité et la nature violente des gouvernements, des armées et de la coercition politique. Lorsque Satan lui a offert l’équivalent de la présidence de la Réserve fédérale, de la direction générale du FMI et de la présidence des États-Unis (Luc 4, 6), Jésus a refusé. (Vous pouvez retirer vos autocollants « Jésus Président » maintenant.) Il savait exactement qui avait « l’autorité ». Sa propre naissance a été déclarée hors la loi (Matthieu 1-2), et dans son ministère public, Jésus a critiqué l’état et l’empire lui-même, pas simplement ceux qui occupaient ses bureaux.

Naturellement, la vie et l’enseignement de Jésus ont amené les auditeurs à se demander s’il était vraiment nécessaire de payer des impôts (Matthieu 22:15-22, Luc 20:19-26). Étant un bon Juif, il voyait la taxation – spécialement imposée par l’empire séculier – comme un vol. Il y a une longue histoire derrière cela. Le royaume de Salomon s’est divisé en raison des impôts (2 Chroniques 8-11). Le Royaume du Nord d’Israël a été écrasé en 722 av. JC à cause du refus de payer des impôts. Et cette histoire ancienne continue. De bons dictionnaires bibliques comme The New Interpreter expliquent cette histoire plus en détail. Mais, le point est ceci: payer l’impôt est un signe général de son allégeance, pas un problème «politique» séparable d’une question «religieuse». Que cela nous plaise ou non, Jésus a finalement été tué pour avoir «égar[é] notre peuple: il leur dit de ne pas payer les impôts à l’empereur» (Luc 23, 2). Les chrétiens doivent expliquer cela avant d’expliquer Romains 13.

Ainsi, sortir dans les rues du premier siècle et dire que «l’impôt c’est le vol, alors ne le payez pas» signifiait la mort et la violence immédiates. Chaque fois que le problème se posait, Jésus devait être un peu rusé. Il n’a jamais reconnu l’argent comme un bien volé (c.-à-d. «Donnez à César ce qui vous appartient»), car cela aurait  (a) ouvertement légitimé le vol et (b) attisé encore plus le feu des flammes de la révolution violente. Mais il a dû remplir beaucoup d’autres conditions dans cette petite boîte: (a) ne pas laisser les gens penser que César / l’Etat est Seigneur, puisqu’ils ne le sont pas; (b) diminuer le pouvoir de l’empire sans être accablé; (c) ne pas être la cause d’accablement pour quelqu’un d’autre. Bon Dieu, seul Dieu pouvait s’en tirer!

Et il l’a fait.

La banalisation des autorités terrestres et la vie éthique incarnée par Jésus (par exemple, sans le vol) ont conduit à la question suivante: «Votre maître ne paie-t-il pas l’impôt du temple? » (Matthieu 17: 24-27) [Pierre] a dit « Si, il le paie ». Et quand il revint à la maison, Jésus en parla d’abord en demandant: «Qu’en penses-tu, Simon? Qui doit payer les impôts ou les taxes aux rois de ce monde? Les citoyens de leurs pays ou les étrangers? » Quand Pierre a dit: « Les étrangers », Jésus lui dit: « Par conséquent, les citoyens n’ont pas à payer. Cependant, nous ne voulons pas choquer ces gens. C’est pourquoi, va au lac, lance une ligne à l’eau, tire à toi le premier poisson que tu attraperas et ouvre-lui la bouche: tu y trouveras une pièce d’argent qui suffira pour payer mon impôt et le tien; prends-la et paie-leur notre impôt. »

Cette réponse est très différente du mantra chrétien populaire de «payer vos impôts». En fait, même en tenant compte des distinctions entre types d’impôts, l’attitude de Jésus n’est en rien proche des justifications contemporaines de la fiscalité. Payer des impôts, c’est plus divertir votre oncle fou que d’obéir au trône du paradis. Même si ce n’était pas le cas, le fait même que payer/ne-pas-payer soit un problème nous rappelle son statut généralement discutable.

C’est ce qui explique les instructions de Paul pour «suivre le courant» dans Romains 13. L’autorité des autorités ne leur appartient pas du tout; quelle que soit l’autorité qui existe, c’est Dieu seul. La plus grande préoccupation de Paul était évidemment de garder le christianisme vivant, et l’obéissance des Romains au nouvel empereur antichrétien (Néron, qui avait son siège à Rome) était nécessaire pour remplir cette mission. Dans un autre contexte, maintenir le christianisme en vie peut signifier la désobéissance à l’empereur – ce qui n’est pas une idée étrangère dans l’histoire de l’Église!

Ainsi, les chrétiens paient des impôts pour la même raison que tout le monde: nous serions en prison si nous ne le faisions pas. Il n’y a pas de choix. S’il y en avait, je doute que quelqu’un choisirait « oui ». C’est une décision prudentielle d’obéir, d’autant plus que cela évite l’escalade de la violence. Nous ne voulons pas, selon les paroles de Jésus, « choquer ». La voie du Royaume n’est pas la coercition ou la résistance physique. « Car Dieu […]crée la paix » (1 Corinthiens 14:33). Il y a souvent des moyens plus efficaces de changer le monde et de combattre l’injustice que de résister au vol légal.

En attendant, nous nous débrouillons sur cette planète en désordre – nous laissant même voler par d’autres personnes en choisissant de «payer nos impôts». Cela ne sert à rien de légitimer un tel vol, que ce soit à cause de l’opinion populaire ou d’une flagornerie sadducéenne à l’égard de l’État. Une étude honnête et sérieuse du récit biblique amène à affirmer que la taxation est un vol, pas le contraire.

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